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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:56

http://blog.lefigaro.fr/bd/ASTERIOS_POLYP.jpg

 

Plus qu'un roman graphique, ce livre est un roman pur, dans le sens où toute la vie du personnage nous est racontée sur un volume quand même assez conséquent (mince alors, on ne pourra pas dire sur combien de pages puisque leur nombre n'est pas indiqué !).

J'ai l'impression que cet album sert de base à la réflexion de Mazzucchelli sur la question de la dualité. La dualité est toujours présente à chaque moment de l'histoire. Asterios en parle d'ailleurs très bien, mais on la retrouve aussi symbolisée dans sa relation avec Hana (Hana la douce qui se livre avec beaucoup de confiance aux autres : ses paroles sont rapportées dans un phylactère aux formes rondes / Asterios l'égocentrique qui ne peut pas s'empêcher de critiquer et de dénigrer tous ceux qu'il rencontre : ses paroles sont rapportées dans un phylactère aux formes rectilignes), dans la mise en scène de l'histoire (alternance entre le passé et le présent, ou comment l'un permet d'expliquer l'autre et réciproquement)...
Sur plusieurs pages, cette réflexion se développe de manière très intéressante :



"Bien entendu je comprends que les choses ne sont pas noires ou blanches... qu'en réalité il y a un continuum de possibilités entre les extrêmes. Mais pourquoi les choix se font-ils toujours autour d'un spectre linéaire avec deux pôles, plutôt que, disons, au sein d'une sphère de possibilités ?"



Concernant l'alternance entre le passé et le présent d'Astérios, je dois dire que son passé m'a plus intéressée. Son enfance, l'histoire de son frère jumeau, sa carrière, sa rencontre et sa vie avec Hana sont bien plus passionnantes que sa nouvelle vie chez le garagiste du coin, épisode heureusement compensé par la très charismatique Ursula Major (chaman dans sa vie antérieure) qui nous fait partager sa vision du monde très poétique et qui la rend ultra-sympathique Very Happy

Ce que j'apprécie d'ailleurs dans ce livre c'est toutes les petites anecdotes que Mazzucchelli nous glisse à travers les aventures de ses personnages. Ca ressemble d'une certaine façon à ce que faisait Bernard Werber lorsqu'il était au meilleur de sa forme dans son livre Les Fourmis. Toujours bien placées, elles nous éclairent sur l'histoire des personnages et nous amusent en même temps par leur côté didactique.

"Aristophane, dans le "Banquet" de Platon, prétend que la forme humaine n'a pas toujours été celle qu'on lui connaît : à l'origine, les humains étaient sphériques avec quatre bras, quatre jambes et deux visages de part et d'autre d'une seule et même tête. Par excès d'Hubris, ils osèrent défier les dieux en personne. Zeus, dans sa grande sagesse, divisa les insurgés en deux. Chaque moitié devenait une entité distincte. Depuis lors, hommes et femmes, pris de panique, courent tous azimuts en quête de leur homologue perdu et d'une plénitude retrouvée."

"L'activité solaire génère des ondes électromagnétiques d'une fréquence extrêmement basse qui influent sur toutes sortes de choses, comme la façon dont germe le blé, dont les bactéries se développent et dont les insectes se comportent... Ecoutez, les scientifiques qui ont étudié les mollusques ont découvert que même en laboratoire ces derniers orientent leurs mouvements selon la phase du mois lunaire. Et des huîtres originaires de Long Island et réimplantées dans des aquariums sans lumière en plein Midwest alternent ouverture et fermeture en coïncidant avec des marées qui pourraient y exister, sauf que ce n'est pas le cas. "

"Le premier empereur de Chine, Qin Shihliang, s'était préparé à l'éternité en ordonnant qu'à sa mort une réplique de sa vaste armée soit enterrée à ses côtés. Sans aucun doute un progrès par rapport à la tradition observée par les souverains locaux qui faisaient enterrer une escorte entière vivante. Sept mille soldats en terre cuite montent la garde dans sa tombe, imperturbables, depuis deux millénaires."



Les bonnes répliques fusent aussi de toutes parts. Astérios, qui semble plutôt sensible dans ses réflexions, n'hésite pas à se montrer tranchant et acerbe lorsqu'il parle, par exemple,à ses étudiants d'architecture :

"Il y a deux façons d'aborder un plan : par la ligne ou par la forme. Vous auriez intérêt à essayer l'une ou l'autre."
"Vous avez juste deux choses à mettre au point là-dedans : l'intérieur et l'extérieur."



Et puis, comme ça l'a déjà été dit à plusieurs reprises, il y a de très bonnes idées dans ce livre. L'utilisation des traits mauves, bleus et rouges par exemple donne une coloration particulière aux dessins. J'ai trouvé une explication assez juste concernant l'utilisation des couleurs :

Citation:
Mazzucchelli n'utilise que trois couleurs en tout et pour tout dans tout le livre : le bleu (cyan), le rouge (magenta) et le jaune. Trois couleurs primaires mais qui correspondent à chaque fois à un concept précis : le bleu et le rouge évoquent le passé d'Asterios et d'Hana, le jaune tout ce qui se passe après l'incendie du domicile d'Asterios.



Lien : link

Mais plus encore j'aime la façon qu'a trouvé Mazzucchelli pour nous montrer la désintégration ressentie par Astérios lorsqu'il se trouve dans une situation confuse -par exemple une dispute avec Hana- : il devient de plus en plus immatériel, représenté seulement, à la manière de ses plans d'architecture, par des cylindres, des cubes et des lignes.

Je pense que lorsque Mazzucchelli s'est lancé dans l'élaboration de ce livre, il s'est dit : "Ce livre me permettra de trancher sur la dualité des choses" ou "Ce livre ne me permettra pas de trancher sur la dualité des choses". Pour finir, je pense qu'il a réussi à se faire un avis, et la fin nous le dit plutôt clairement Razz

Très bonne découverte pour moi en tout cas !

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:39




Le mythe de Van Gogh revisité d'une manière très étonnante... Et si Van Gogh n'avait jamais été un bon peintre ? Et s'il ne devait la réussite de ses tableaux qu'à un génie incarné sous la forme d'un chat, Vincent ? Ces hypothèses un peu farfelues ont surtout pour but de nous dévoiler un aspect peu connu de la personnalité du peintre en s'attardant davantage sur "Vincent" (les aspects intimes et privés de sa vie) que sur "Van Gogh" (ici, nous n'en apprendrons pas beaucoup sur ses techniques de peinture et sur son art en général).

Extrait d'interview a écrit:
Vincent est d'ailleurs un peu la représentation de tout ce qu'il y a d'extrême dans la personnalité de Van Gogh, tant dans sa folie, sa solitude, son désespoir… et en même temps son génie… Génie et folie… un peu comme le Docteur Jekyll et Mister Hyde… ?

Smudja : Ce sont effectivement le point essentiel sur lequel repose le récit : personne ne sait pourquoi Van Gogh était tellement fabuleux, génial, et à la fois, tellement seul et désespéré… Pourquoi est-il toujours resté aussi pauvre et méconnu, malgré son talent ? Quel secret se cachait derrière ce mystère ? C'est selon une interprétation toute personnelle que j'ai voulu personnifier la passion et la folie de Van Gogh à travers le chat, dans cette BD. Autant Van Gogh était un homme simple, gentil, autant Vincent a quelque chose d'incroyable, de fou, de génial…


Voilà en gros l'histoire que nous propose Gradimir Smudja, dessinateur et scénariste yougoslave qui est aussi à l'origine du Cabaret des Muses, si certains connaissent...

Ca se lit très bien. Les personnages sont hauts en couleurs, dans tous les sens du terme, et très attachants. Les pages sont remplies de clins d'oeils et si vous aimez la peinture, vous allez être comblés puisqu'on retrouve, entre autres : Monet, Gauguin, Degas, Toulouse-Lautrec, et autres personnalités parfois anachroniques (Brigitte Bardot, très féline... Razz)


On la voit ici à droite...

Le style du dessin n'est pas sans rappeler celui de Van Gogh et permet une immersion très réussie dans son univers. Certaines pages sont vraiment magnifiques...

Quelques planches que j'ai relevées pour vous Razz ...


Nouvelle interprétation du mythe de l'oreille coupée...


Immersion très réussie dans une époque haute en couleurs...


Le génie de Vincent...
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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:31

http://www.glenatbd.com/images/albums/9782723464932/9782723464932-L.jpg

 

J'ai entendu parler de cette BD en lisant une critique sur Internet... Le thème abordé est celui de l'anorexie. Est-ce que je tomberais sur un bouquin qui en traitera, comme on le voit souvent, avec amateurisme et sans vraiment savoir de quoi il parle ? D'après les critiques, ce n'était pas le cas :

Citation:

Difficile de parler de l'anorexie sans tomber dans la dramatisation ou sans surligner l'émotion. Pourtant Hubert et Marie Caillou s'en sortent très bien dans ce roman graphique élégant et sensible. On y suit les destins de deux jeunes anorexiques, sympathisant chez le psy et tentant de s'aider et de vivre malgré leur mal-être.


Source

Citation:
Plon­geant sans mi­sé­ra­bi­lisme ni éso­té­risme dans le monde de l'ano­rexie, cet ou­vrage se garde aussi d'ap­por­ter une ex­pli­ca­tion ou une jus­ti­fi­ca­tion à l'état d'es­prit qui anime les deux pro­ta­go­nistes.


Source

Citation:
Les deux auteurs ont réalisé un remarquable duo de funambules en réussissant la prouesse de ne jamais sombrer dans le misérabilisme ou le morbide. La Chair de l’araignée est un magnifique ouvrage dont les vertus, réunissant tolérance, pédagogie et ouverture d’esprit, vont bien au-delà de la simple découverte culturelle.


Source

Oui, ben chez moi, ça passe pas... Chaque page est remplie de clichés. Les critiques qui n'y ont vu aucun misérabilisme et qui considèrent que Hubert et Marie Caillou ne tentent pas d'expliquer la maladie des personnages ont bien de la chance.

Ce n'est pas une tentative d'explication ça, de dénoncer la mère poule qui, mis à part de bons petits plats, ne sait pas montrer à son fils qu'elle l'aime ?


Ou encore la méchante mère protectrice qui fourre de grosses cuillerées de soupe dans la bouche de sa fille. On comprend le symbolisme mais quand même, c'est un peu gros...


Le reste des pages est truffé d'explications pseudo-religieuses... Les anorexiques se prennent pour des saints. Ils ne cèdent pas à la tentation parce qu'ils cherchent la pureté et ils méprisent tout ce qui est matériel. De même, ils sont chastes et le contact des corps les répugne. L'appel est sans demi-mesure: avec eux, c'est tout ou rien.



Même les conversations entre les deux anorexiques sont irréelles. Tout ce qu'ils trouvent à se dire, lorsqu'ils se rencontrent, concerne le sujet de leur IMC, de leur taille ou de leur poids. Les personnages ne sont pas du tout crédibles. Ils ne parlent jamais d'autre chose que de nourriture et jugent chacune de leur connaissance à leur tour de taille ou à ce qu'ils mangent.

En conclusion, il s'agit là d'une BD que je trouve tout à fait prétentieuse dans sa tentative d'expliquer l'anorexie. Si le but c'était de faire de jolis dessins avec des squelettes, des gens qui s'envolent à tout bout de page et des feuilles de salade, il aurait peut-être été judicieux de trouver un autre thème.

Interview de Marie et Hubert Caillou : link

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 13:28
Fritz Haber Tome 3 : Un vautour, c’est déjà presque un aigle… (2010) de David Vandermeulen



Résumé :

Citation:
« 1915 fut pour Fritz Haber une année fatidique, lorsque le 22 avril il lança son ordre de lâcher la première attaque aux gaz sur le front belge. 1915 fut aussi pour ses amis et "coreligionnaires" comme Einstein, Walter Rathenau ou encore Haim Weizmann, l'année de toutes les contradictions. Empêtrée dans le plus terrible des conflits internationaux, embrumée dans les miasmes d'une idéologie nationaliste ainsi que par un antisémitisme nouvellement exacerbé, la diaspora juive occidentale se voit contrainte de se remettre en question face à une Allemagne et une Europe mues par un romantisme frelaté.

Malgré leur profond sentiment d'appartenance à la nation allemande, Haber ainsi que les grandes figures intellectuelles juives qu'il fréquentait furent, lors des premiers signes d'enlisement du conflit, assimilés à une ploutocratie cosmopolite antinationale ne songeant qu'au profit. Ce troisième tome s'attarde sur cette funeste année 1915, où un certain esprit allemand voyait l'héroïsme de ses aigles corrompu par des vautours entraînant la patrie vers sa perte. »



Je ne sais pas du tout si cela porte préjudice à la lecture de cet album mais j’ai découvert la série Fritz Haber avec ce tome, troisième du nom…
Je n’ai pas senti de manque particulier. A mon avis, la lecture peut se faire indépendamment de celle des précédents tomes, même si je pense que les deux précédents épisodes permettent une meilleure compréhension de ce troisième.
Malgré tout, j’ai bien ressenti le manque de Wikipédia à portée de main lors de cette lecture… :face : (site que j’ai dû consulter a posteriori lorsque j’avais l’occasion de descendre dans la salle wifi… :humeur : ) Beaucoup de notions historiques sont nécessaires pour comprendre toutes les références faites dans les dialogues entre les personnages… La lecture de cet album est une lecture exigeante. Elle demande des prérequis ou des recherches, histoire de comprendre ce qu’est le mouvement völkisch, l’Organisation Consul, la BASF, ou qui sont Romain Rolland, Walter Rathenau ou encore Adolf Roth…
Bref, pas de BD-divertissement dans ce Fritz Haber mais plutôt de la BD-documentaire. Le style lui aussi se veut sobre et à l’image des années évoquées… Ambiance sépia et cinéma muet, sans phylactères mais avec des textes rapportés en bas des cases ou dans des cases à part, à la manière des titrages des films muets.




A ce sujet, un extrait d’une critique réalisée par Sud-Ouest : link

Citation:
Par sa technique picturale étonnante : l'auteur, tout en produisant une image très réaliste, utilise une encre sépia pour apporter des contours flous. Il emploie l'eau de javel pour diluer les tons et les formes. Ce procédé donne au dessin la consistance d'une photographie ancienne tout en force et en contraste.



Et David Vandermeulen, s’expliquant sur les raisons d’un tel choix :

Citation:
[…] J'aime le cinéma expressionniste allemand qui n'est plus vraiment à la mode. Cela apporte une autre temporalité, il faut du temps pour comprendre. Je voulais une BD qui se lise lentement, à contre-courant de cette consommation rapide qui s'est généralisée.



Ce troisième tome est également largement ponctué de références littéraires, culturelles et politiques. Plusieurs pages s’inspirent par exemple des Nibelungen qui coupent l’histoire et la narration en lui donnant un souffle qui permet au lecteur de mieux replonger dans la frénésie de l’année 1915 sitôt ce court répit accordé.

A ce sujet, un extrait d’un article de Rue 89 : link

Citation:
Album plus chronologique que les précédents, « Fritz Haber III » reste néanmoins fidèle à l'une des spécificités narratives de la série : au gré des pages, des dessins restituant des scènes des Nibelungen (les nains des légendes germaniques) interrompent le récit. Ce film muet de Fritz Lang, réalisé en 1924, retrace l'épopée médiévale du même nom qui met en scène les exploits du blond Siegfried, détenteur du trésor des Nibelungen.



Citation:
« Le lecteur comprendra dans les prochains épisodes pourquoi ces extraits traversent la série. Dans ce troisième tome, il y a plus de pages qui sont consacrées aux Nibelungen, tout simplement parce que les scènes que je voulais montrer étaient plus longues. J'ai pris mon temps pour les dessiner, par pur plaisir. Ces images constituent des annonces pour la suite, qui donnera plus de place aux moments poétiques. »





Chaque début de chapitre est accompagné d’une citation d’un écrivain, d’un homme politique ou d’un scientifique allemand plus ou moins contemporain de l’époque, et qui enrichit encore la compréhension du chapitre à venir et de l’évolution historique et politique du pays.

« Peu importe la femme, peu importe l’enfant,
J’ai bien d’autres soucis en tête.
Qu’ils aillent mendier, si la faim les tenaille,
L’Empereur, mon Empereur, prisonnier. »

Heinrich HEINE

« Ainsi va le monde : personne ne sait ce qu’on pourra faire un jour des choses. L’ouvrier qui a posé ces vitres ne pensait assurément pas que le plomb pourrait causer un violent mal de tête à l’un de ses arrière-neveux (et quand mon père m’engendra, au diable s’il se demande qui, des oiseaux du ciel ou des vers de la terre, mangerait ma carcasse !) »
Goethe, Götz de Berlichingen

Quant au style de l’écriture en lui-même, les dialogues sont brefs, percutants, mais s’autorisent quelques fois de très beaux passages un peu plus imagés, vecteurs d’émotions intenses qui s’accordent à merveille avec le dessin et l’ambiance de l’album.
Je vous laisse avec ces deux petits extraits…

« Seuls quelques rares buissons retiennent encore de petits halos de gaz fluorescents. Un épouvantable silence s’impose. Dans le no man’s land, on n’entend plus que les bottes allemandes foulant et écrasant la mort. Partout l’on découvre des cadavres d’oiseaux, de lapins, de taupes, de rats ; tous ces animaux qui, pour mourir, ont quitté leurs repaires. »

« C’est dans une époque comme la nôtre que l’on voit à quelle triste espèce animale nous appartenons ! Tout cet héroïsme sur commande me paraît si vil et méprisable… Je préfèrerais être taillé en pièce plutôt que de prendre part à cette abomination ! Le nationalisme allemand est une maladie infantile, c’est la rougeole de l’humanité ! »

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 13:27
Quai d’Orsay – T1 : Chroniques diplomatiques (2010) de Blain et Lanzac



Blain au dessin, Lanzac à l’investigation… Ancien conseiller du Quai d’Orsay, ce dernier nous fait profiter de son expérience au sein de ces grands bureaux en mettant en scène un personnage dont la ressemblance avec Dominique de Villepin n’est absolument pas fortuite :dentsblanches :

Chaque chronique est introduite par une citation d’Héraclite censée représenter le goût du ministre pour tous les bons mots des grands maîtres à penser dont il semble friand :

« Je me suis cherché moi-même. »
« A l’âme appartient le discours qui s’accroît lui-même. »
« Présents, ils sont absents. »
« En se transformant, il reste au repos. »
« Fatigue c’est : peiner aux mêmes tâches et par elles commencer. »
« La sagesse : dire le vrai et agir selon la nature. »
« Errants dans la nuit : mages, bacchants, bacchantes, initiés. »


Citant à tort et à travers Mao Zedong, Marlier, Erasme, Montesquieu, Schumann, Jaurès… la représentation de De Villepin nous apparaît finalement comme un homme creux qui n’a de pensées personnelles que celles que d’autres ont déjà eues avant lui.
Toujours expert pour repousser les priorités à plus tard, oubliant les problèmes au Moyen-Orient pour assister à un repas avec le prix Nobel de littérature Molly Hutchinson (qu’il ne passera pas sans ses petites fiches de rappel), l’image qu’on se fait de lui n’est pas forcément des plus reluisantes mais amuse par les parallèles que l’on peut faire avec l’actuelle gouvernance du pays :dentsblanches :

Quelques bons mots grappillés dans cette BD :

Le ministre à Arthur :
« Vous n’avez rien compris, Arthur, il faut de l’histoire, de la profondeur pour émouvoir les peuples. Les Américains, il faut qu’ils comprennent que je les aime. Même s’ils sont perdus. La vérité, c’est que je les aime plus qu’ils ne s’aiment eux-mêmes. Ils ne savent pas s’aimer. Ils ne savent pas aimer du tout d’ailleurs. »

Alors que le ministre est en train de discourir :
« On dirait Frankenstein qui s’adresse aux sept nains de Blanche-Neige. […] Regarde-les, regarde-les tous ! Tous ces mecs, là… C’est des cyniques. Ils sont venus à Genève pour faire les soldes et récupérer des subventions. Ca leur glisse dessus comme de l’eau sur les plumes d’un canard en rut. »

En parlant du ministre :
« Il se plante parce qu’il fait comme une chauve-souris qui aurait un problème de réglage avec sa fréquence d’ultrasons. T’ouvres la fenêtre pour qu’elle puisse sortir, elle se prend quand même la porte. »

Le ministre et sa théorie des bons livres :
« Regardez par exemple ce livre. Vous voyez tout de suite qu’il est nul. Y a rien qu’est stabilossé. Alors que ça, là, j’ai tout stabilossé. Ca, c’est un bon livre. »

A propos du ministre :
« C’est l’arme de l’irréel. Il invente trois ou quatre concepts sans trop savoir ce qu’il va dire. Il répète ça partout jusqu’à ce que tout le monde en soit persuadé, sans comprendre exactement ce que ça veut dire. »



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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 13:24
La théorie des gens seuls (2000) de Dupuy & Berberian




Résumé :
Citation:
Complètement à l’ouest, Félix, franchement déprimé, se fait héberger par son ami Jean…. Pour quelques temps seulement, enfin normalement !
Le problème avec Félix, c’est que comme il est seul, c’est à dire célibataire, il déprime, et comme souvent les célibataires qui arrivent à un certain âge, il établit des tas de théories plus ou moins de bon goût ! Et comme si cela ne suffisait pas pour empoisonner la vie de son hôte, il les déclame à tous moments, et évidemment , souvent quand il ne faut pas !
Ainsi, il sait tout des femmes et a tendance à les voir comme un danger qui va mettre sa vie et celle de ses amis en péril . Tant bien que mal, Jean va essayer de le supporter, ainsi que ses conquêtes féminines !
En même temps, l’inspiration de l’écrivain qu’il est semble lui faire faux bond !
Source : link

Cet album fait partie de la série Monsieur Jean et il s'intercale comme un hors-série entre le tome 3 et le tome 4. Mais il peut très bien se lire sans connaissance des tomes précédents (ce que j'ai fait...).
Il se compose de plusieurs histoires courtes qui s'articulent tout de même autour d'un thème commun : les épreuves traversées au quotidien dans nos tentatives de nous lier avec les autres. Rien de bien original mais le ton est plutôt léger et détaché. Pas de pathos, pas de caricature non plus : les aventures de Monsieur Jean et de ses amis sont très agréables à suivre. Rien d'inoubliable non plus mais j'ai passé un bon moment. Peut-être que je me serais sentie plus impliquée si j'avais suivi la série depuis le début ? Ce que je compte entreprendre d'ici peu...

"Je me fais des couilles en or... C'est une véritable rente. Je travaille une heure par jour grand maximum... Le reste du temps je me balade, je claque mon fric et en plus je me tape plein de filles ! La belle vie quoi !"
(dixit un écrivain qui n'arrive plus rien à écrire depuis trois ans... Mais faut bien impressionner les autres !)




 







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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 11:52
Un pacte avec Dieu (1978) de Will Eisner




Résumé de Will Eisner :

Citation:
Au 55, Dropsie Avenue, dans le Bronx, à New York –non loin du métro aérien- il y avait cet immeuble. Dans ces appartements vivaient, avec leurs familles, divers petits fonctionnaires, ouvriers, commis…tous déterminés à survivre, occupés à élever leur progéniture et à rêver d’une vie meilleure. Les histoires qui suivent décrivent la vie telle qu’elle était dans ces immeubles pendant les années 30. Ces histoires sont toutes véridiques.



Recueil de différentes histoires se déroulant toutes dans le même contexte et mettant en scène des personnages issus d’une même catégorie sociale : les juifs de Brooklyn, cet ouvrage présente de gros déséquilibres.

Un pacte avec Dieu, qui donne son nom à l’ouvrage, nous parle d’un Juif qui perd la foi et tente de la retrouver après la mort de sa fille adoptive, élevée et aimée avec toute la dévotion possible.
La signification de son nom : Frimme Hersh, nous est donnée sur ActuaBD :

Citation:
Le lecteur non initié a le droit de savoir que « frimme » signifie « pieux » en yiddish et que le patronyme de Hirsch est une allusion au baron philanthrope germano-belge Maurice de Hirsch qui joua un rôle central dans le sauvetage des Juifs d’Europe à partir de 1881.


Source : link

Chanteur de Rue est une histoire plus cruelle, mettant en scène un ménestrel que la pauvreté a fait tomber dans l’alcoolisme et la violence. Les espoirs d’ascension sociale sont toujours possibles, encore faut-il savoir saisir ses opportunités…

Concierge porte bien son nom… Il nous parle du concierge de l’immeuble qui, lui non plus, n’a pas la vie facile. Solitude, violence, préjugés, causent souvent la perte d’un homme…

Cookalein, la dernière histoire de cet ouvrage, est la plus longue et la plus anecdotique. Un peu fouillis, mélangeant une foule de personnages dont on a du mal à saisir les liens, elle se déroule dans le Cookalein, un hôtel de vacances où iront se réfugier certains des habitants de l’immeuble. Entre ruses et astuces pour grimper sur l’échelle sociale, le principal objectif de ces vacances est avant tout de trouver un bon parti, quitte à renier ses véritables sentiments et sa véritable identité…

La particularité de cet ouvrage tient en ce qu’il est le premier roman graphique, comme l’explique bien Wikipédia :

Citation:
Cette bande dessinée marque une date historique dans le genre, car c'est véritablement le premier roman graphique (Graphic novel) qui, pour les américains, provoque une véritable prise de conscience des potentialités du média. Il ne s'agit plus ici de super-héros ou de contre-culture (comme en proposait l'underground des années 1960), mais d'une forme littéraire enfin arrivée à maturité.


Source : link

On trouve une analyse encore plus détaillée sur Krinein :

Citation:
Will Eisner réorganise l'espace comme aucun autre à son époque. La mise en cadre est réinventée. Le dessin se mêle au texte : les deux procédés se fondent sur les planches de l'album en une même force narrative. La typographie et l'emplacement des écritures ont leur importance dans cette fusion. Will Eisner accordait une grande importance au lettrage, il voulait que ses textes soient lus comme des images. Le texte était donc souvent au service de la narration et épousait le ton du récit. Une même importance était accordée aux contours des cases.... ou a leur absence. Il arrive souvent que les cases soient inexistantes, que les vignettes s'étalent en pleine-page.



Source : link

Et si vous souhaitez avoir un petit aperçu…


Extrait de l’histoire Un pacte avec Dieu



Extrait de l’histoire Cookalein

  •  Pogrom : Brève explosion de violence d’une communauté contre un groupe juif qui vit au milieu d’elle-même.
  •  Hassid : Celui qui met ses affaires de côté pour éclairer l’âme des juifs avec la lumière de la Torah et des mitsvots.
  • Mitsva (pluriel : mitsvot) : Commandement, prescription, précepte.

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:56


Monsters (2010) de Ken Dahl

http://www.printmag.com/CMSAssets/Blog/spx/kendahl-monsterscover.gif



Résumé :

Citation: 

Imaginez ne plus jamais pouvoir embrasser quelqu’un sur les lèvres. Que vous ne pouviez plus jamais embrasser vos enfants, sortir avec quelqu’un dans une soirée, partager de la nourriture, faire une pipe, partager un joint entre collègues, emprunter une brosse à dent, ou cracher dans le café de votre patron sans transmettre une maladie horrible et incurable ?



Sympa la BD…
Lorsque je la lisais, je l’avais déposée sur une étagère de ma chambre et une infirmière qui passait par là (un peu trop curieuse l’infirmière…) l’a chopé, a lu le résumé et m’a demandé d’un air hargneux : « Vous avez de l’herpès ou bien ? ».
Si je n’avais pas lu cette BD, j’aurais été tentée de répondre non, mais après l’avoir lue et après avoir appris que 75% de la population l’avait, sans forcément la développer (un peu comme avec la varicelle), je ne peux rien assurer…

Mais qui est donc Ken Dahl ? Dans le livre, on trouve ce pseudo-passage biographique :

Citation:

Ken Dahl est Gabby Schulz, un auteur vieillissant qui est né et a grandi à Honolulu, Hawaï. Il aime bien vivre, être libre et parler d’autres choses que de l’herpès pour changer.



Dans les premières pages, alors qu’il est encore pur comme un bébé, la vie est facile, légère… Pas besoin de se poser de questions sur la pratique de l’amour et de la sexualité, ça coule de source, et ceux qui développent des MST sont de sales dégueulasses.
Jusqu’à ce qu’on lui annonce qu’il a de l’herpès…
Cette maladie va briser son couple, bouleverser sa vie quotidienne et ses relations avec les autres. Sa vie ne tourne plus qu’autour de l’herpès : comment s’en protéger par l’alimentation (pas trop d’arginine mais beaucoup de lysine), éviter que le travail ne le stresse trop, essayer toutes sortes de produits miracles…

« Avant d’avoir de l’herpès, je ne m’étais pas rendu compte à quel point le sexe était sale et dangereux. Toute ma vie j’ai pensé que le sexe était juste fun… Une simple et saine montée de désir… Comme le ping-pong ou manger des glaces… Maintenant, je connais la vérité : le sexe est une pulsion animale aveugle et tragique. Qu’est-ce que le sexe sinon une réaction chimique qui nous trompe et nous fait croire que 5 minutes de ruades et d’échanges de fluides valent une vie de souffrance et de regrets ? »

Au milieu du livre, on trouve même quelques dizaines de pages wikipédiesques qui s’incrustent comme un intermède dans l’histoire pour mieux nous faire comprendre les enjeux et les modes de transmission de la maladie. On sent l’explication bien renseignée vu les références bibliographiques exposées à la fin du livre.

« Herpès est le nom commun pour l’HERPES SIMPLEX VIRUS (HSV). Incurable, il est généralement non mortel et vous l’avez probablement déjà. Environ 75% des adultes américains sont infectés par le HSV. »

Et puis l’histoire repart, reprend ses pérégrinations là où on les avait laissées pour un final… ultra sarcastique !

Comme certains parlent des livres mieux que moi, voici un avis trouvé sur le site ActuaBD que je cautionne tout à fait :

Citation:

Monsters dépasse d’ailleurs l’aspect de la maladie pour juger nos habitudes sociales autour de ce simple mais terrible handicap. On se rend alors compte de tout ce qu’on fait habituellement, sans se rendre compte des germes que l’on s’échange. C’est donc notre vie en communauté qui est passée au crible, avec un résultat détonnant et interpellant.



Source : link

Et pour l’aperçu…

 

http://www.actuabd.com/IMG/jpg/Monsters_1.jpg

 

http://www.actuabd.com/IMG/jpg/Monsters_2.jpg

 

http://www.actuabd.com/IMG/jpg/Monsters_3.jpg

 

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