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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 12:38
 


En 2013, Gatsby est à la mode (et dans quelques jours ?) Même plus obligée de lire l'original pour connaître ses fastes. Il n'empêche, le rapport à l'oeuvre de Francis Scott Fitzgerald manque ici cruellement pour attribuer correctement la responsabilité des failles de cette adaptation dessinée.


Reconnaissons d'abord la touche d'inventivité accordée à la version de Melchior-Durand & Bachelier : l'histoire de Gatsby est transposée sur un mode exotique et moderne puisque l'action se déroule en Chine, dans les années 2000. Heureusement toutefois que le résumé de l'éditeur nous donne ce coup de pouce situationnel : sans lui, j'aurais été fermement convaincue que nous évoluions encore dans une grande ville du monde occidental. Dans un autre registre, reconnaissons également le talent graphique de Benjamin Bachelier qui excelle dans les ambiances à la fois cottoneuses et colorées, engourdissantes et ravigorantes -ambiances dans lesquelles on s'enfoncerait facilement comme pour mieux ressentir la force de fascination irrésistible qui se dégage de l'univers de Gatsby.


Mis à part cette réussite ? Les textes sélectionnés par Melchior-Durand nous donnent un bon aperçu du potentiel poétique de l'oeuvre originale de Francis Scott Fitzgerald mais l'histoire dans son ensemble pâtit d'un rythme inégal. Le mystère qui entoure la vie de Gatsby se résout avant même que nous n'ayons eu le temps de le vouloir et bientôt, l'histoire se résume à une querelle amoureuse parmi tant d'autres, qui trouve son achèvement de manière abrupte. Gatsby le Magnifique nous donne l'impression de n'avoir pas grand-chose dans le ventre. Hommage à Fitzgerald raté ? Peut-être pas, si tant est que la déception finisse par donner envie de revenir aux sources de Gatsby.



Citation :
Regardez, c'est un livre qu'il avait quand il était petit. Ça aide à comprendre.
"Résolutions générales : ne plus fumer ni chiquer, prendre un bain tous les deux jours, lire un livre enrichissant ou un magazine par semaine, économiser 3 dollars par semaine, être plus gentil avec les parents."
Ca aide à comprendre n'est-ce pas ? Jimmy était fait pour aller toujours de l'avant.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 17:34






Mâtin, Pilote ! Comment ça Pilote ? Oui, oui, "Pilote" que l'on croise, d'une double page à une autre, en leitmotiv gentiment monomaniaque de toute une bande de dessinateurs parmi lesquels René Goscinny et Marcel Gotlib que l'on connaît respectivement pour Astérix, Iznogoud et Lucky-Luke, ou pour Gai-Luron. Les références au magazine "Pilote" cherchent moins à faire la réclame d'une publication qui n'en avait pas besoin qu'à remplacer le running-gag classique de la chute sur peau de banane. Il n'empêche, les Dingodossiers restent potaches et ne font pas de mal à une mouche. Encore une fois, l'idéal pour bien les apprécier serait de les situer dans leur contexte de publication. En 1965, était-ils nombreux ceux qui se vantaient d'être "nullement qualifiés pour traiter les différents sujets qui se trouvent dans ce livre" ? Les femmes gagnaient progressivement de nouveaux droits -en théorie tout du moins- mais l'émancipation infantile n'avait sans doute pas eu encore lieu. Ainsi, lorsque ces Dingodossiers renversent la hiérarchie pour donner les pleins-pouvoirs aux enfants, ou pour faire tendre les adultes à une saine régression, nul doute qu'ils entraient en plein dans le territoire du fantasme. Presque un demi-siècle plus tard, l'effronterie moqueuse des petits gamins et la puérilité navrante des parents caricature à peine la réalité, restant bien en-deçà de certains phénomènes.


D'une manière globale, Goscinny et Gotlib semblent avoir lorgné dans les bonnes directions, bien qu'ils se soient parfois trompés d'échelle. Dans le dossier des "Voyages dans le cosmos", leur introduction prévient clairement le lecteur:


"Suivant notre méthode habituelle, c'est-à-dire, sans aucune documentation, et avec l'aide de collaborateurs ignorant tout de la question, nous avons essayé d'imaginer ce que seront les premiers voyages commerciaux dans le cosmos.
Et si, par malheur, la lecture de ces pages ne vous amuse pas, pour une fois, nous avons la certitude que ceux qui les liront dans quelques courtes années vont bien rigoler."



Vrai. Quelques dossiers restent loufoques mais la plupart d'entre eux semblent désormais coller mieux que jamais à une réalité culturelle et sociétale qui n'amuse plus tellement notre imagination. Qu'ils critiquent le laxisme des institutions, l'immaturité des adultes, les dérives des nouvelles techniques ou le tourisme de masse, Goscinny et Gotlib ne nous étonnent désormais plus beaucoup. Sans doute avaient-ils vu venir les choses de loin. Y croyaient-ils vraiment ou ne les laissaient-ils qu'à l'état de supposition ? Peu importe, le principal étant de rester dans l'état d'esprit bon enfant de "Pilote". A la manière des reportages bidons, Goscinny et Gotlib partent dans de gentilles élucubatrions où textes et dessins se complètent pour décrire un monde qui part en vrille dans la bonne humeur. Ce n'est pas de leur faute si, aujourd'hui, leurs spéculations semblent parfois plus consternantes qu'amusantes.


Le folklore...



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Comment faire manger un enfant (et pourquoi c'est inutile de se casser la tête)...



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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 14:23



Plus la lecture des Thermae Romae progresse, mieux on comprend ce qui constitue le pouvoir attractif de cette série. On avait cru s'être attaché à l'histoire; pourtant, depuis la lecture du 4e volume de la série, celle-ci avait eu le temps de passer aux oubliettes. On retrouve cependant les personnages principaux de cette série avec la nonchalance de vieux amis fidèles à eux-mêmes. Leurs caractères affirmés et peu communs se retrouvent ici avec leur puissance habituelle. Lucius, toujours aussi froid et lointain, continue d'être animé par l'idée monomaniaque de l'amélioration des thermes romains. Satsuki, sa jolie hôtesse japonaise, commence à comprendre le piège que représente la rigidité et le sérieux de son caractère laborieux. Ce nouveau volume nous présente un autre personnage tout aussi caractériel en la personne du grand-père de Satsuki. Expert en acupunture et en osthéopatie, attentif aux moindres détails, il pousse son art jusqu'à la sorcellerie. S'insèrent quelques petits mafieux japonais qui viennent donner du fil à retordre à nos personnages pendant que dans le monde antique d'où provient Lucius, l'empereur Hadrien se morfond jusqu'à la mort qu'il souhaite s'infliger, mais que personne ne lui accorde.



Encore une fois, ce sont surtout les anecdotes que Mari Yamazaki introduit dans son histoire qui rendent cette série si captivante. Pris dans le fil d'événements bien ficelés, le mélange des cultures japonaises et antiques nous renseigne sur des thématiques qui semblent a priori totalement indignes d'attention. Les romains montaient-ils à cheval avec des étriers ? Quels étaient les plats favoris des romains ? Mari Yamazaki sélectionne sans doute les aspects les plus folkloriques et frappants pour marquer les esprits, forçant sa petite Tetsuki à préparer des escargots bouillis dans du lait, à défaut de mamelles de truies ou de langues de flamants roses, mais sa propre passion est telle qu'on l'imagine mal fabuler pour le seul plaisir du pittoresque.



Comment se conclue ce cinquième volume ? A la manière éclatante d'un film hollywoodien. Après ce nouveau mélange culturel, on est surtout en droit d'attendre un nouvel épisode qui saura nous révéler d'autres secrets japonais et antiques, que Mari Yamazaki a l'art de partir chiner pour nous.


Citation:
Les chevaux de la Rome antique étaient, nous dit-on, bien plus petits que les pur-sangs d'aujourd'hui. Si vous regardez la statue équestre de Marc Aurèle, par exemple, vous verrez tout de suite que le sommet de la tête du cheval n'arrive qu'à la hauteur des épaules de l'empereur. Au fil de l'Histoire, les hommes ont amélioré les races de chevaux, qui sont alors devenus plius grands, mais à l'époque où vit Lucius, la plupart des chevaux étaient issus d'une race de petite taille, originaire de la Maremme [...].
Les chevaux étant petits, il n'était donc peut-être pas compliqué de les monter. D'après certains, l'étrier n'aurait ainsi pas été inventé uniquement pour offrir un meilleur équilibre au cavalier, mais aussi pour faire office de marchepied au moment d'enfourcher sa monture.



Citation:
[...] Hadrien a beau promettre une récompense à qui lui apportera du poison ou un glaive, personne n'accède à sa requête. En cachette, et par un biais dont on ignore tout aujourd'hui, il réussit toutefois à se procurer un poignard, mais on parvient à le lui enlever.
Il finit par ordonner à Hermogène, le médecin grec qui l'a accompagné dans ses tournées d'inspection et dont il ne se sépare plus, de lui préparer un poison.
[...] Pour éviter d'avoir à obéir à cet ordre, [Hermogène] avale le poison qu'il a préparé et meurt. C'est cet incident qui permet à Hadrien de surmonter ses pulsions suicidaires. Il entreprend alors l'écriture de ses mémoires, sous la forme de lettres adressées à Antonin.



Une spéciale cace-dédi pour Kenavo avec Mari Yamazaki parlant de Minuit à Paris de Woowoo :



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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:06





Cuvée en date de 2013. On se dépêche d'en faire un bon gargarisme en prévision d'un remix qui ne saurait tarder avant la livraison de 2014.


Deux cas de figure se proposent :
- Vous ne connaissez pas encore Mix & Remix. Qu'à cela ne tienne, la rencontre sera enchanteresse.
- Vous connaissez déjà Mix & Remix. Parfait, au plaisir des retrouvailles s'ajoutera la découverte de nouveaux strips surprenants.


Mix & Remix ne se repose pas sur ses lauriers. Lorsqu'il retrouve ses lecteurs, il les enrichit à chaque fois de nouvelles réflexions -sans doute parce que lui-même ne se laisse pas un instant de répit ni de certitude. Le scepticisme appliqué semble devoir renouveler sans fin le discours dans l'objectif de n'être dupe de rien -ou de tout.


Marre des dessins d'actualité qui collent à la réalité ? Mix & Remix tend à l'univers & éternel. Ses hommes préhistoriques, ses philosophes grecs et ses anonymes contemporains sont plus criants de vérité qu'une caricature politique.


« Il n’y a plus de gibier… C’est la famine ! On va devoir se nourrir de cadavres. C’est ça ou manger des légumes ! »


Malgré un classement en différentes thématiques -le monde culturel, la préhistoire, la philosophie, la psychanalyse, la technologie, la vie familiale...-, tous les strips de Mix & Remix ne visent qu'à une chose : la description de l'homme qui n'arrive plus à se distancier de la société-mère dont il est issu. Jusqu'à quel point Mix & Remix a-t-il réussi à éviter lui-même cet écueil ? Ceci est une autre question, à laquelle ce Mix devrait pouvoir répondre.


Sélection issue d'un choix cornélien :



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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 09:38


Pauvre Monsieur Jean. Déjà revêche et grognon dans le premier volume, nous le retrouvons ici complètement abattu par la crise de la trentaine. A la base de ce remue-ménage existentiel, on désignera le coupable « amour », qui brille ici par son absence. Et que fait un homme de trente ans qui vit comme un éternel adolescent ? Il fête son anniversaire dans une pizzeria et se chope une indigestion. Il zappe ses dossiers en cours d'étude et se rend à une soirée porte-jarretelles. Et pour se changer les idées et faire la promotion de son dernier livre, il se rend au Portugal et parle avec un invétéré de Fernando Pessoa. Quel bonheur de retrouver l'auteur du Gardeur de troupeaux au milieu de tous les personnages pâles et gentils qui traversent cet album ! Si Monsieur Jean reste complètement hermétique à son « emmerdeur » d'interlocuteur, Fernando Pessoa vient cependant nous remettre du baume à l'âme. Sa duplicité talentueuse et son incarnation de la « saudade » intraduisible en français («  c’est quand un homme se sent dépossédé de son passé ») donnent un peu de corps à l'histoire du triste et désespéré Monsieur Jean.


"- Pessoa avait l’habitude de discuter à la tombée du jour, autour d‘un verre, avec ses amis poètes : Ricardo Reis, Alberto Caeiro, Alvaro de Campos et Bernardo Soares. Ensembles, ils avaient fondé une revue littéraire.
- Comme c’est intéressant…
- Très ! Sauf que ses amis avaient tous une certaine spécificité : ils étaient tous une seule et même personne, Fernando Pessoa lui-même !"



En deux volumes seulement, Monsieur Jean se sera frayé une voie vers l'abattement de plus en plus certaine. Son lourdingue de copain l'avait prévenu : « ‘Tain ! Arrête de faire la gueule , on se croirait dans un film de Jacques Oignon ! ». Remplacez le « Jacques Oignon » par le nom de n'importe quel autre réalisateur français à tendance onaniste larmoyante et vous comprendrez. Ne reste plus qu'à se jeter sur un bon morceau de Fernando Pessoa pour se consoler.

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 13:30



Les virgules servent d’habitude à relier les éléments disparates d’une phrase. Dans Monsieur Jean, l’amour, la concierge, elles servent surtout à marquer un clivage.
Pour que Monsieur Jean et l’amour se rencontrent, la concierge doit disparaître ; si Monsieur Jean et la concierge se fréquentent, alors l’amour s’enfuit ; et si l’amour et la concierge venaient à se réunir, alors Monsieur Jean ne serait certainement pas là pour en témoigner. En fait, si la concierge n’était pas là, ce serait surtout le lecteur qui n’existerait pas. Les petites aventures bucoliques et romantiques de Monsieur Jean, qui souffrent déjà de cette pire forme de niaiserie qui se mêle de bons sentiments, n’auraient sans doute aucune personnalité si sa « vieille courge » de concierge (oh ! l’outrecuidance) ne rôdait pas dans les parages, pointant ses bajoues poilues et boutonneuses en contre-reflet des beautés diaphanes dont s’éprend Monsieur Jean.

Ses aventures essaient de se donner un petit côté subversif : parfois, cela parle même de fesses ! (« Je veux bien ton derrière »).


On se dit qu’être un loser, ce n’est pas si terrible finalement. La preuve ? Monsieur Jean le vit très bien, et c’est d’ailleurs le seul personnage de toute cette histoire à n’être pas trop à côté de ses pompes. Ce qu’on ne nous dit pas, c’est que Monsieur Jean représente le prototype du loser brillant qui impose une violence symbolique à tous les lecteurs qui ne lui ressembleraient pas. Dans le genre satisfait, on ne fait pas mieux. Heureusement, deux heures après la lecture, on ne se souvient déjà plus de rien. C’était parfois un peu agaçant, facile et lisse du début jusqu’à la fin. Si certains des volumes suivants de la série avaient pu me laisser un souvenir moins mauvais, celui-ci n’est sans doute pas le plus adapté pour en ouvrir le cortège.




"Sa pâtée ! … J’ai oublié de lui donner sa pâtée !"
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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 13:29



J + 4 après le bombardement d’Hiroshima.
Après la première vague de morts atroces qui a succédé aux rayonnements de l’explosion atomique, les victimes de la bombe continuent à déclarer forfait dans l’anonymat des chairs décomposées. En ville, les survivants se regroupent en famille dans leur maison et jettent des regards méfiants à quiconque pourrait leur dérober de la nourriture ou propager le virus mortel de la bombe. Keiji Nakazawa nous rappelle que ce qui nous semble évident en tant que lecteur ne l’était absolument pas pour les japonais de 1945. Le ciel leur est tombé sur la tête, mais pourquoi les victimes continuent-elles de se déclarer et de mourir des jours après l’explosion de la bombe ? Les corps décomposés, effilochés, crachant du sang et remplis de vers, semblent en proie à une maladie furieuse qui, après être passée de la bombe aux hommes, pourrait bien se transmettre d’homme à homme. Dans ce contexte de terreur généralisée, les japonais semblent avoir atteint la plénitude de la haine, celle qui leur fait abhorrer leurs tortionnaires américains comme leurs compatriotes japonais.


Nous retrouvons Gen dans la période qui s’étale du 10 au 15 août 1945. Les sentiments anciens d’amitié et de compassion survivent parfois et surgissent, ponctuels et isolés, sous la forme d’un don généreux ou d’une proposition salutaire. Une vieille amie de la maman de Gen lui permet ainsi de s’installer avec ses survivants dans une extension de sa maison, malgré la haine et le persiflage des autres résidents. Ceux-ci préféreraient être seuls pour ne pas avoir à surveiller leur nourriture des estomacs étrangers, et ils font subir une torture lente et sournoise à la famille de Gen pour les mettre à bout et leur enjoindre de débarrasser le plancher. Mais face à une fatigue qui dépasse la sensation ordinaire, ces attaques mesquines font figure de tendres réminiscences du sentiment d’être vivant. Pendant que sa maman essaie de retrouver des forces pour nourrir la petite dernière, Gen parcourt Hiroshima et les alentours pour trouver de l’argent et ramener de quoi manger. Il s’occupera d’un agonisant que sa famille a caché dans une pièce isolée de leur maison avant d’apprendre la capitulation du Japon face aux Etats-Unis. Sa liesse n’est pas partagée par tous : « Ils se moquent de nous ! Nous nous sommes sacrifiés pour le Japon et pour l'empereur parce que nous devions gagner ! Et maintenant on nous demande un effort parce que nous avons perdu ! J'en ai plus qu'assez ! Il ne nous reste plus rien ! Notre maison a brûlé et les nôtres sont morts ! Nous n'arrivons même pas à avoir du riz ! Il ne nous reste que la douleur ! »






C’est vrai. Et Gen passe chaque instant de son existence miraculée pour combattre cette douleur et adoucir les jours de chacun de ses compatriotes. Il lutte pour propager sa générosité, allant parfois même jusqu’à une insouciance qui nous semble inconcevable. Gen le bon samaritain étale sa vertu comme un fardeau impudent. Il paraît incroyable, irréaliste, mais c’est sans songer que dans l’Hiroshima d’août 1945, la générosité se confond avec la survie et qu’elle traduit une terreur frénétique de mourir et de voir mourir ses proches. La menace ne quitte jamais les pages de ce livre et se confirme parfois, au détour d’un ami ou d’un voisin. « L’ennemi s’est mis à utiliser une arme nouvelle et singulièrement cruelle dont les effets semblent être aussi terribles qu’imprévisibles ». La déclaration d’Hiro-Hito faite aux japonais le jour de la capitulation se réalise à chaque instant…



Citation:
Parlant durant trois minutes, Hiro-Hito cherche à justifier l’entrée en guerre de son pays (« Si Nous avons déclaré la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, c’était, en réalité, en vue d’assurer la souveraineté du Japon et d’asseoir sa position en Asie Orientale. Loin de Nous toute idée de porter une atteinte quelconque à la souveraineté des autres pays ou de songer à un agrandissement territorial ») aussi bien que la capitulation (« En persistant à vouloir combattre, Nous allions non seulement vers l’effondrement complet et la disparition de la nation japonaise mais encore vers l’annihilation totale de l’humanité et de la civilisation »), sans oublier de parler de la bombe atomique (« L’ennemi s’est mis à utiliser une arme nouvelle et singulièrement cruelle dont les effets semblent être aussi terribles qu’imprévisibles »).


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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 13:10


Comment faire plus concis qu’une nouvelle ? Demandez à Emile Bravo, il vous répondra en vous pondant un condensé d’une nouvelle d’Heinrich Böll en une vingtaine de phrases simples. Cette réalisation semble prodigieuse –il faut toutefois préciser qu’Emile Bravo s’est aidé de ses dessins pour occulter toute la partie descriptive de la nouvelle. L’histoire devait donc être bien pauvre, se dira le pessimiste ; mais l’optimiste dira au contraire que l’album dessiné est plus riche qu’il n’y paraît. Et puis, le format sied parfaitement à cette leçon de pêche dont l’intrigue n’est qu’un processus de réflexion menant à une conclusion édifiante. Pourquoi faire plus quand le suffisant convient ? Ainsi Emile Bravo ne conserve-t-il que l’essence du texte original d’Heinrich Böll et procède-t-il à une factorisation dessinée et littéraire à l’efficacité redoutable. L’album englouti en vingt secondes pourrait donner envie de connaître un peu plus d’élégance littéraire mais après tout… on n’est pas bien, là, sur cette barque, à en faire le moins possible ?  



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"Je ne veux pas me mêler de vos affaires mais… Imaginez que vous sortiez une deuxième fois… une troisième fois… voire… une quatrième fois ! Et si vous preniez trois, quatre, cinq, peut-être même dix douzaines de maquereaux… Imaginez un peu…"
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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 13:26





« - Je me sens triste ! Les autres vagues sont si grandes et moi je suis si petite. Les autres sont vigoureuses et je suis si chétive…
- Ton chagrin n’existe que parce que tu ne conçois pas ta véritable nature.
- Ne suis-je pas une vague ?
- La vague n’est qu’une manifestation transitoire de ta nature. En vérité, tu es l’eau.
- L’eau ?
- Si tu comprends clairement que ta nature est l’eau, tu n’accorderas plus d’importance à ta forme de vague et ton chagrin disparaîtra. »



Ce dialogue est l’un des premiers qui ouvre le livre Zen de Tsai Chih Chung. Ô surprise ! alors que je n’attendais rien de cette philosophie en particulier, me voilà déjà proche de l’illumination du Bouddha. L’adhésion intellectuelle n’est qu’une première étape de la compréhension. Reste ensuite à la vivre concrètement sur une courbe du temps qui n’a pas grand-chose à voir avec celle qui rythme la vie moderne occidentale : « Ne spéculez pas sur le passé ou sur l’avenir, mais vivez dans le monde présent. Nous devons à chaque instant comprendre ce qu’est l’instant ».


Le travail de vulgarisation de Tsai Chih Chung fonce à l’essence même de la philosophie Zen et en extirpe les leitmotive essentiels pour les résumer sur une, deux ou trois pages qui suggèrent plus qu'elles n’imposent d’explications. Les sources ne sont pas toujours précisées mais on imagine que Tsai Chih Chung puise dans les grands textes fondateurs pour choisir les images les plus parlantes qui illustrent les différentes leçons de cette philosophie. La construction interne est cyclique : un homme s’interroge, une situation vient le confronter à son questionnement, il en tire une conclusion qui se résume dans la dernière case. Pourtant, la construction de l’ensemble du livre nous montre une progression de la philosophie Zen. D’expérience en expérience, elle se fortifie, une illumination en conduisant à une autre, un abandon entraînant une liberté.


Le livre Zen de Tsai Chih Chung ne nécessite aucune connaissance préalable. Avant d’ouvrir cette bande dessinée, je n’avais pas d’autre vision du Zen que celle d’un homme assis en tailleur et méditant. Si cette image n’apparaît même pas ici, on comprendra en revanche la force douce et puissante d’une philosophie qui ramène les individus à leur véritable nature, qui est celle d’une Unité cohérente et continue. Les colères, l’envie, les querelles et la haine ne sont qu’une incompréhension de cette union à laquelle nous appartenons –de même que la fierté, la joie et sans doute l’amour, puisque toute hiérarchie des valeurs est abolie, la condamnation du mal perdant toute nécessité en même temps que la glorification du bien. La philosophie Zen semble avoir égrainé jusqu’à nous depuis l’illumination du Bouddha et les textes des grands maîtres japonais : Nietzsche et son surhomme se placent par-delà le bien et le mal tandis que Spinoza flotte dans une Unité qui abolit toutes les passions.


Même si Tsai Chih Chung parvient à nous conduire jusqu’à l’essence du Zen, nous donnant jusqu’à l’impression d’avoir compris les principes de cette philosophie, il garde toutefois la réserve de ne pas réduire le Zen aux quelques enseignements qu’illustre son livre. Ainsi, jamais cette philosophie ne prendra l’apparence d’une pratique stéréotypée, modulable au gré des besoins de chacun.


« Celui qui se dit détaché de tout doit abandonner l’idée même du détachement. Celui qui est attaché à l’idée du détachement ne connaîtra jamais la paix de l’esprit »


Essayez-donc pour voir… Tsai Chih Chung ne nous en dit pas davantage. Il éclaire son lecteur en partageant avec lui les informations nécessaires à la compréhension d’ensemble de la philosophie Zen et nous lâche ensuite dans la grande Unité avec l’envie d’en apprendre encore davantage.


L'Unité :


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La fable du corbeau et du renard made in Zen :



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Pour une tentative de détachement :



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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:13



« Ça n’est pas d’une femme dont Robert a besoin, ah ah ah ! Des femmes, il peut en avoir autant qu’il veut, tandis qu’une mère… »


Ô, admiratrices éperdues de Robert Bidochon, prenez garde : votre principale rivale n’est peut-être pas l’épouse Raymonde mais la mère Bidochon, aussi affectueusement appelée « môman ». Pour déloger cette femme du cœur de Robert, il faudra parier sur autre chose qu’une dispute à propos du programme de télévision. Môman est fermement accrochée à son fils et Robert, tout grand qu’il soit, n’a toujours pas évolué depuis le jour fatidique où il fêta ses douze années.


Parce qu’elle s’est coupée le bout du doigt, Robert décolle sa trogne de la télévision et accourt au chevet de môman. La gangrène a bien failli lui enlever sa génitrice ! Mais puisque môman est sauvée, autant en profiter pour passer quelques jours reposants au bercail. Pendant que Robert boit de la grenadine, se déguise en Zorro et fricote avec ses origines, Raymonde mène une vie de boniche. Après tout, une épouse ne sert à rien d’autre.


Manuel de manipulation des fils à l’usage des mères, ce volume drôlatique des Bidochon nous met en présence d’un personnage vraiment futé et sournois –peut-être le plus machiavélique de tous les personnages encore jamais rencontrés dans la série. Encore une fois, Binet s’échappe du massacre réaliste en fuyant par le biais du fantastique… Entre une mère qui l’adore en Zorro et une femme qui le préfère en poulpe tentaculaire, Robert aura certainement bien du mal à choisir…



Citation:
- Robert ! Réveille-toi ! Vite !! Il se passe quelque chose de bizarre avec ta mère.
- Maman ??
- Elle aboie !!
- Mais non ! Elle parle en dormant !! C’est pour ça que tu me réveilles !!
- OUA OUA
- Parce que t’appelles ça « parler », toi !!
- Elle se prend pour un chien, c’est normal !
- OUA OUA
- Eh bien, moi, ça m’empêche de dormir !
- Elle doit chercher son os !! Quand elle l’aura retrouvé, elle s’arrêtera !! T’as qu’à attendre !


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