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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 13:02


La qualité de l’histoire d’un livre passe souvent au second plan de mon appréciation. Ce n’est pas pour autant que j’apprécie d’être complètement larguée par le propos de l’auteur.


Après une lecture longue et laborieuse qui m’aura vue loucher sur de minuscules phylactères et me questionner sur d’improbables (quoique magnifiques) dessins, j’aurais bien des difficultés à parler de Stray Toasters. En vrac : un psychologue spécialisé dans le crime, partagé entre son ex-femme et sa nouvelle amante, des meurtres d’enfants, des prises d’araignée, des psychotropes et des tartines de confiture. Bill Sienkiewicz virevolte d’un élément à l’autre et cherche visiblement à transformer l’art narratif pour le rendre le plus laborieux qu’il soit. Les textes ne sont ni spirituels, ni poétiques, ils sont surtout opaques et parfois racoleurs, flirtant entre le darko-goth bébête (« Des ailes de métal pour purifier le Magik Noir ») et la charge anticatholique obsolète (« Je vous salue Marie…pleine de grâce… heu… le Seigneur… Heu… non, heu… Voyons… Je vous salue… Je vous salue… Je vous salue… Je vous…salue… Oh… et puis merde »). Le texte pêche également par la multiplication des effets de style. Utilisés sans parcimonie et de manière répétitive, ils rendent la lecture plombante. Pour un peu, on se croirait projeté entre les pires pages d’Un château l’autre de Louis-Ferdinand Céline, bégaiements et points de suspension au palmarès des tics d’écriture épuisants.



En revanche, Bill Sienkiewicz se débrouille mieux lorsqu’il s’agit de charger ses dessins d’une atmosphère poisseuse. S’il pratique le scénario en grand amateur, il manie les crayons et les pinceaux avec brio, mélangeant des nuances improbables et vives, passant soudainement d’une atmosphère industrielle et glam au noir et blanc le plus torturé. Si les textes censés traduire la folie des personnages paraissent surfaits, Bill Sienkiewicz réussit toutefois parfaitement à nous faire tourner en rond dans les méandres imprévisibles que suivent ses dessins.



Malheureusement, cette discordance entre le texte et le dessin nous fait perdre prise en cours de route. Pas assez fou pour fusionner avec l’esprit de personnages schizophrènes ? Ou pas assez Bill Sienkiewicz pour parvenir à comprendre ses inventions... Dommage. Les dessins ne font pas tout, et même s’ils sont délectables, ils ne suffisent pas à convaincre quiconque ne parlerait pas le langage de Bill Sienkiewicz.


On s'amuse dans Stray Toasters...



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"Ce qu’il y a de bien quand on est petit… c’est de grandir… pour prendre sa revanche."



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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 12:26



Art Spiegelman avait lu pour la première fois Gen d’Hiroshima un jour au cours duquel la fièvre l’avait cloué au lit. L’histoire lui avait semblé géniale. Plus tard, il avait voulu la relire pour avoir la confirmation que son appréciation dépendait bien du livre en lui-même, et non pas de l’état second dans lequel aurait pu le placer la fièvre. Conclusion : fièvre ou non, Gen d’Hiroshima est bien une lecture géniale.


Pour ma part, j’ai lu cette histoire dans mon enfance et je l’avais aussi trouvée exceptionnelle. Comme l’enfance et la fièvre sont, à peu de choses près, identiques, j’ai voulu la reprendre aujourd’hui pour avoir, comme Art Spiegelman, la confirmation du talent de Keiji Nakazawa.



Je retourne donc prudemment, volume par volume, dans la série Gen d’Hiroshima qui s’étend sur plus de 2000 pages au total. J’ai retrouvé le jeune garçon –personnage inspiré de Keiji Nakazawa-, avant-dernier d’une famille composée de cinq enfants au cours de l’année charnière 1945, à Hiroshima. Ce premier volume expose au lecteur les conditions de vie quotidiennes au Japon en temps de guerre. La famille de Gen est étonnement moderne et semble guidée par le pacifisme du père, soutenue par l’approbation de la mère et prolongée par l’éducation des enfants. A cette période où chacun doit soutenir l’effort de guerre et où le sacrifice personnel prévaut au-delà de toute compromission individualiste voire familiale, le pacifisme revendiqué du père fait figure de provocation suicidaire. Autour de lui et de sa famille, les voisins, les instituteurs et les marchands forment un bloc de haine massive, lâche et sournoise. Les brimades injustes s’abattent sur les enfants, les champs sont pillés alors que la famine fait des ravages, et toute tentative de vivre dignement et légalement est rendue impossible par l’acharnement d’une population qui n’aime pas voir remettre en question ses convictions. Et pourtant, aucun membre de la famille ne reniera le pacifisme du père. Cette valeur leur permet de rayonner, quelle que soit la quantité de malheur qui leur parvient quotidiennement. Elle fédère les enfants et les parents envers et contre ceux qui défendent le plus ostentatoirement possible les valeurs de l’Empire.


Dans la description de ce quotidien, j’ai retrouvé avec plaisir les personnages au caractère bien affirmé de cette famille. Leur joie et leur bonne humeur alternent souvent avec leurs emportements colériques ou leurs impulsions démentes, comme le bonheur d’une vie de famille soudée est sans cesse remis en question par les conséquences du rejet social et de l’ostracisme dont elle fait l’objet. Hiroshima en 1945… Même si la bombe n’a pas encore été lâchée sur la capitale, Keiji Nakazawa est impressionnant de sobriété et de courage. La force vitale qui émane de cette première partie du récit éclipse presque la suite inéluctable des évènements que nous connaissons pourtant. Mais dans les dernières pages de ce premier volume, la bombe finit malgré tout par s’abattre sur Hiroshima le 6 août 1945. Le dessin, naïf et simpliste, s’enflamme et sert cette fois à représenter des corps dégoûlinants, flambés par la force de l’explosion.


La fièvre ni l’enfance ne permettent de justifier la force véhiculée par Gen et l’admiration que l’on est en droit d’éprouver pour Keiji Nakazawa. Parce que cette histoire n’est pas seulement un récit historique, on a beau se souvenir de la suite des évènements, il apparaît indispensable de poursuivre la lecture de cette série pour le plaisir de côtoyer ses personnages et de se sentir amélioré par leur force et leur courage.



Citation:
PROOUUUT
- C’est pas bientôt fini ces bruits intempestifs ? C’en est assez monsieur Nakaoka ! Vous ne voyez pas que tout le monde se concentre pour servir la patrie ! Vous êtes une honte pour notre pays !
- Je n’y peux rien, dès que je pousse, il y en a un qui sort !
- Chef, il faut que l’on chasse ce type, il est antipatriotique.
- Il a raison !
- C’en est assez ! Il est rageant que l’on me traite de traître à cause de mes besoins naturels. Comme on dit « nécessité fait loi ». Et puis, vous croyez qu’on pourra se battre contre les américains avec des morceaux de bambous ?! Ils nous auront eus avec des mitraillettes bien avant qu’on soit sur eux.


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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 18:51



Lorsqu’ils étaient enfants, Jean-Christophe s’emparait toujours des textes écrits par David pour les raturer, les corriger et imposer la marque de son esprit sur le sien. Devenus adultes, Jean-Christophe n’écrit plus. On le découvre dans les premières pages, traînant les pattes dans la salle de bains, complètement abruti par des années de médicamentation brutale. David continue quant à lui à écrire et cette fois, personne ne l’en empêche plus. Aux histoires de guerriers a succédé l’histoire de sa famille, c’est-à-dire l’histoire de Jean-Christophe et de son épilepsie. Même si les premières crises d’épilepsie de son frère ne se manifestent pas tout de suite dans son enfance, tout ce qui les précède semble devoir en expliquer la cause.



David et Jean-Christophe grandissent ensemble et ce qui sépare les deux frères est infime. On imagine qu’avec ce récit, David cherche à analyser ce qui l’a différencié de son frère et ce qui lui a permis d’échapper au « haut mal » qui n’a pas épargné Jean-Christophe. Culpabilité ou envie ? David est conscient de sa chance de n’être pas épileptique mais, enfant, lorsqu’il voit son frère entrer dans ses transes incontrôlables, c’est aussi de la jalousie qu’il ressent. Jean-Christophe lui échappe –il a maintenant accès à une dimension de l’existence que David ignore, et qui dit qu’il ne s’agit pas là d’un monde merveilleux ? Un monde aussi endiablé que celui de Michel Strogoff de Jules Vernes, où les combats sanguinolents font frissonner comme sous le règne de Gengis Khan ? David et Jean-Christophe avaient toujours partagé un intérêt intarissable pour ces histoires qui permettaient à leur violence de trouver un exutoire mais avec l’épilepsie, la violence devient réelle ; elle s’exprime à présent de manière incontrôlable, sans qu’on ne la convoque.



David et Jean-Christophe font l’apprentissage de la réalité. La guerre leur avait toujours semblée drôle –les grandes personnes qui l’ont vécue leur font comprendre qu’elle est tragique ; le mal leur avait toujours paru dérisoire –il devient paniquant lorsqu’il se trouve en soi et qu’il est incontrôlable. Anubis surgit une nuit dans les rêves de David et le guérit de sa peur des figures d’angoisse fictives pour lui inoculer la peur du réel.


« Je rêvais du dieu des morts Anubis. Il s’avançait vers moi, j’étais terrorisé. Je me suis réveillé. Anubis était toujours là, il continuait d’avancer. Soudain, tout s’est arrêté. Il n’y avait plus que l’ombre de l’armoire qui avait vaguement la forme d’un chacal. Depuis, je peux avoir peur des gens, de la vie, de l’avenir. Mais je n’ai pas peur des fantômes, des diables, des sorcières, des vampires »


L’épilepsie de Jean-Christophe perturbe aussi la famille et David raconte leur « grande ronde des médecins ». On imagine une époque moins sensibilisée que la nôtre à l’épilepsie. Le cas de Jean-Christophe est atypique et suscite différentes réactions du milieu médical, de l’incompréhension avouée au fanatisme inquiétant en passant par l’incompétence dangereuse (« Madame, votre fils est méchant ! »). Alors que Jean-Christophe doit bientôt se faire lobotomiser partiellement, celui-ci découvre la macrobiotique de Georges Oshawa. C’est l’occasion ou jamais d’échapper aux chirurgiens, même s’il faut pour cela changer tout le mode de vie d’une famille qui, jusque-là, avait vécu sans jamais se soucier des préceptes macrobiotiques.


L’ascension du haut mal n’est que le premier volume d’une série qui en comporte six. La conclusion de ce premier épisode paraît donc surprenante pour ne pas dire tristement cynique : effectuer l’ascension du haut mal semble devoir nécessiter de passer par la phase de la guérison. Utiliserait-on trop souvent ce terme à mauvais escient ? La guérison n’est-elle qu’une aggravation d’un état pathologique ? Un terme servant à masquer l’incompétence du corps médical et de l’entourage ? Il nous faut retrouver David rapidement pour le savoir.

 

Citation:
Il explique que c’est une opération très délicate, que si son bistouri taille un demi-millimètre à côté, mon frère sera aveugle. Il énumère tout ce qui risque d’arriver s’il loupe son coup. S’il taille là, mon frère perd l’usage de ses membres, là, il perd l’usage de son bras droit, là de ses jambes, là il sera sourd… Ma mère s’évanouit. Le professeur T. la rassure : rien de tout ça n’arrivera car il est d’une habilité hors du commun. Les dégâts seront limités. Il perdra son champ visuel sur les côtés.
- Alors il ne pourra plus voir sur les côtés ?
Et il sera paralysé deux jours après l’opération.
- S’il veut regarder sur les côtés, il tournera la tête, c’est tout !


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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 13:44





C’était le bon vieux temps… le temps où il n’y avait encore qu’une télévision par foyer. Combien de batailles, combien de conflits à l’arme blanche se sont déroulés autour de ce monument à la gloire du divertissement ? La télévision concentrait encore tous les fantasmes d’une génération soucieuse de connaître la promotion audiovisuelle, ainsi Père Bidochon atteignant le septième ciel à cette idée :


« Moi, simple Robert Bidochon, passer dans l’émission de Patrick Saladier… Que de chemin parcouru !! »



A croire que cela ne lui suffit pas de passer dans les planches dessinées de Binet…
Raymonde, devant ce déferlement de soumission télévisuelle, représente plutôt la droiture –vertu par manque de vice plutôt que vertu lucide ; désintérêt pour le monde projeté à travers l’écran de la télévision plutôt que rejet conscient de la tyrannie audiovisuelle. En parlant de tyrannie, d’ailleurs, Binet fait fort et pousse à outrance l’insanité des programmes télévisés. Bulletins d’informations sadiques qui se concentrent sur la rediffusion des accidents les plus glauques (« C’est pour te dire où est en train de rouler la tête du pilote ! Sinon, on n’y voit rien dans toute cette fraction de seconde !! »), émissions de divertissements qui ne mentent pas sur leur considération du spectateur (« J’espère que vous êtes un sacré paquet de cons à nous regarder et que vous serez encore plus de cons la prochaine fois… ») ou happenings furieux improvisés chez de pauvres citadins insouciants (en particulier nos Bidochon), la télévision semble avoir déraillé mais à bien y réfléchir, elle n’est pas si surréaliste que ça. Binet s’inspire de nos programmes télévisés les plus connus (et les plus crétins) pour imaginer quelle serait leur évolution possible dans la voie d’un décervelage accru.



Tyrannie du zapping oblige, on passe d’une histoire à une autre comme d’un match de foot à un film à l’eau de rose. Toutefois, Binet triomphe là où la télévision réussit rarement : dans la cohérence. Après avoir tenté d’atteindre le bonheur télévisuel en tant que simples spectateurs, Raymonde et Robert vont se rapprocher du climax audiovisuel en se glissant parmi le public d’un plateau, en participant à un débat télévisé, en jouant à un quizz sponsorisé –ceci jusqu’à ce qu’ils finissent par devenir eux-mêmes victimes de cette télévision qui ronge l’intimité de leur couple.


« Comme la vie serait plus belle si les télés nous rendaient l’amour qu’on leur porte !! »


Heureusement, ce n’est pas encore le cas (peut-être demain, qui sait ?) et en attendant, Binet et le lecteur peuvent se foutre de la tronche des Bidochon comme Michel Drucker et ses invités se foutent de la nôtre (ceci n’étant, bien sûr, qu’un exemple gratuit pris parmi tant d’autres).


Découvrons les coulisses de nos émissions préférées :


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Citation:
- RAYMONDE, C’EST MES HARENGS !
- Quoi ?
- C’ETAIT MES HARENGS !! J’AI VU MES HARENGS A LA TELE !!!!




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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 11:52


Après avoir fini la lecture du premier volume de Tu mourras moins bête, une peur terrible m’assaillit, qui faillit me pousser à prendre la plume pour écrire une carte postale au docteur Moustache.

Docteur ?
Maintenant, comment vais-je faire pour ne pas mourir aussi bête que tous les autres jours ?


La réponse survint sous la forme d’un second volume.

Après nous avoir parlé de la fiction et des arrangements frauduleux qu’elle s’accorde avec la réalité, le docteur Moustache choisit ici de se consacrer à une autre forme de fiction scientifique : la biologie. Et on se désole de n’avoir pas eu ce doc’ comme professeur de biologie lorsque nous étions à l’école… Toutes les questions qui nous turlupinent peuvent enfin être posées, et quel soulagement, déjà, de les voir exprimées :


« Hier, après le repas, ma femme m’a dit (je cite) : « baise-moi comme une bête ». S’il vous plaît, expliquez-moi ce que je dois faire ?
E. Zemmour »



« Chère professeure,
A chaque fois que je me retrouve dans un corps humain, je me fais contrôler par les flics ! Y’en a marre ! J’ai rien fait !
Paulo pollen de tulipe »



Pas de sexisme, pas de racisme, pas de spécisme ni même de politiquement correct : le docteur Moustache accepte les questions de n’importe quel interlocuteur et se charge d’y répondre avec une vaillance constante et une précision digne du plus zélé des savants fous.


Plus drôle encore que le volume précédent, ce nouveau répertoire des sciences érudites du docteur Moustache s’oblige à trouver une nouvelle forme de narration pour s’attaquer au domaine plus abstrait (et plus redouté) des sciences biologiques. Lorsqu’il s’agissait d’expliquer les failles et les absurdités de la fiction cinématographique, n’importe quel zoulou pouvait (et osait) comprendre les explications du doc ; mais dès lors qu’on nous balance les termes d’ « apoptose », d’ « organe vestigial », de « stade anal » ou de « pygomancie », la foule se met en pagaille et prend peur. Plutôt que de détaler comme des lapins, nous voici condamnés à rester dans le clapier du docteur Moustache. Et tant mieux ! Jamais la science ne nous aura parue aussi simple, aussi populaire, aussi politique et aussi… peu scientifique ! Le docteur Moustache, c’est Oscar Wilde au pays des scalpels, c’est Woody Allen dans le monde des blouses blanches, c’est Freud sous cocaïne et c’est aussi toute une lignée de savants fous qui n’avaient besoin d’aucune substance pour se livrer à des expériences psychédéliques (Herr Sömmering et ses têtes guillotinées ou Stubbins Ffirth et ses ingestions de vomi noir).


Le docteur Moustache ne cherche pas à nous impressionner en nous faisant croire que la science est inaccessible au plus grand nombre. Au contraire, la voici catapultée au rang des préoccupations scatologiques du stade anal ! Et si cette destitution ne vous rend pas les choses plus parlantes, le docteur Moustache n’hésitera pas à illustrer ses cas d’exemples concrets tirés d’une réalité plus absurde encore que le cinéma ; où Sarko, Carla Bruni, Depardieu et les frères Bogdanov retrouveront une aura de vraisemblance lorsque le docteur Moustache aura élucidé le mystère de leurs comportements aberrants.


« Contrairement au président, les cellules nous protègent, nous nourrissent et sont même prêtes à mourir pour nous, pour nous défendre ou pour réguler leur prolifération. »



Et contrairement au président (n’importe lequel, on s’en fout), le docteur Moustache nous éduque, nous amuse et sacrifie même sa crédibilité pour nous, pour nous instruire et pour nous illuminer.



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Citation:

[…] retrouvons Stubbins Ffirth, un médecin américain qui voulait absolument démontrer que la fièvre jaune (autrement appelée « vomi noir ») n’était pas contagieuse.
Pour ça, le mec, il s’est incisé le bras.
Puis il s’est fourré du vomi de malade dedans (conseil Top Chef : pour faire une farce réussie, bien tasser le vomi !).
Mais Ffirth ne tomba pas malade. Il dut penser qu’il n’y était pas allé assez fort car la fois suivante, il s’appliqua le vomi… dans les yeux. Et il ne chopa toujours pas la fièvre jaune.
Ffirth passa donc le vomi à la poêle pour en humer les vapeurs. Puis il se fit des pilules de vomi qu’il avala, et comme ça ne faisait toujours rien (à se demander s’il ne voulait VRAIMENT pas que la fièvre SOIT contagieuse)… il finit par boire des verres de vomi…
Il dut se résigner et conclure que la fièvre jaune n’était pas contagieuse. En fait, elle l’est, mais par le sang et les moustiques.



Oh ! des figures connues...


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L'art de mettre en scène les phénomènes biologiques :



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Pour une réponse à la question posée par E. Zemmour : ICI !
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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 11:42



Bottomless belly button est un titre qui devient très explicite sitôt qu’on le traduit en français : Nombril sans fond. Si vous n’aimez pas que les autres racontent leur vie pendant des heures sans s’intéresser à la vôtre, n’’essayez surtout pas de lire cet album d’autant plus que, dans son monologue, Dash Shaw n’est pas avare et nous gratifie d’un ouvrage dont le format ferait passer Guerre et Paix pour un prospectus publicitaire. La comparaison s’arrête sitôt que l’on ouvre Bottomless belly button car sa lecture se fera relativement plus rapidement (et facilement), bien qu’à des rythmes variés.


Cette modulation tient compte de l’histoire en elle-même. Maggie et David, soixante-dix ans environ, forment un vieux couple marié depuis plus de 40 ans. A l’âge où toutes les décisions majeures d’une existence ont généralement été prises, ils décident de divorcer. Pour l’annoncer à leurs trois enfants, ils les réunissent et les invitent à passer quelques jours dans leur maison au bord de l’océan. Cette annonce choque les parents ou conjoints qu’ils sont déjà eux-mêmes devenus et lance dans leur esprit des réflexions qu’ils n’avaient peut-être jamais eu le temps d’apercevoir jusqu’alors, dans la régularité de leur quotidien éloigné de cette maison, de leur passé et de leurs origines.


Et nous voici partis sur plusieurs centaines de pages, à pirouetter autour de ces personnages reclus dans la maison familiale pour plusieurs jours. Ils n’ont rien à faire, sinon marcher au bord de l’océan, réfléchir, et discuter entre eux. De quoi fragiliser les plus fragiles, de quoi exalter la colère des plus susceptibles, de quoi dérouter les plus sceptiques. Surtout, la maison familiale, en réunissant toute sa fratrie, fait revivre une seconde enfance à ces personnages qui ont façonné leur vie d’adulte à l’extérieur. Elle redevient le labyrinthe qu’elle avait dû représenter pour des bambins minuscules. Dash Shaw nous aide à y voir plus clair en glissant quelques plans entre ses planches, et truffe la demeure de pièges et de trucages qui la rendent aussi gothique qu’un château hanté. De même, ce retour vers l’enfance s’effectue aussi dans les mentalités et exacerbe les traits de caractère de chaque personnage. La régression s’effectue non sans mal, donnant lieu à des scènes absurdes, expiatoires à la souffrance accumulée et gardée recluse jusque-là sous l’accoutrement de l’adulte.



La famille démantibulée, qui tenait jusqu’alors seulement de bric et de broc, se rabiboche paradoxalement alors que le couple parental se sépare. Non sans mal, puisque Dash Shaw s’étend sur des centaines de pages pour nous présenter la lente réparation des liens unissant les membres de la fratrie. Le nombre de pages n’a aucun rapport avec la densité des propos que s’échangent les personnages. Le texte est parsemé, jamais envahissant, et préfère se retirer pour laisser parler les images et se succéder des tranches de vie muettes. L’immersion dans l’intimité de ces personnages nécessite du temps, et Dash Shaw nous oblige à leur en consacrer en restant longtemps aux prises de son album. Sans cela, Bottomless belly button nous semblerait peut-être anodin, comme la majorité de cette pléthore d’albums (à tendances) biographiques dont le principal sujet d’étonnement est celui-ci : mais qui donc cela peut-il intéresser ? On tourne les pages du Nombril sans fond avec une avidité croissante, persuadé que ce gros volume finira bien par nous livrer un secret qui fera écho à nos propres préoccupations nombrilesques. Trouvera, trouvera pas… à force de chercher, on se sera finalement attaché à ces personnages, car c’est de la longue fréquentation de nos semblables qu’on finit par éprouver de l’intérêt pour eux.





Citation:
- Comment tu as vécu le divorce de Claire et de ton père ?
- Euh. J’sais pas.
- Ah bon ?
- Ben quoi ?
- Disons… Sur une échelle de un à dix, comment tu te sentais ?
- …
- Dix étant bien, le top.
- Six.
- Waow. C’est vachement bien !


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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 11:11



Quand y en a plus, y en a encore. Comme il publie un dessin quotidien, Mix & Remix a de quoi nous sortir tous les six mois des Gags, des Regags et des Reregags[/b] jusqu’à plus soif. Plus soif, vraiment ? Il semble difficile de pouvoir se lasser de ces recueils tous plus désopilants les uns que les autres.


Dans la continuité de ses précédents albums, Mix & Remix continue d’illustrer l’actualité dans ses grandes lignes, par l’intermédiaire de personnages absurdes qui, dans leurs comportements, se font l’écho d’une tendance générale induite par l’air du temps. Regags pourrait presque s’enorgueillir de dresser une nouvelle liste des péchés capitaux à la mode 21e siècle. On y retrouverait la paresse :


« Bon, mater un site de cul, jouer une partie de poker en ligne réserver pour mes vacances et aller voir sur Facebook… Mais comment faisait-on avant les ordinateurs pour tirer la journée de boulot ? »


…la veulerie :


- Capitaine ! Capitaine ! Rendu fou par les privations, l’équipage menace de se mutiner et de vous jeter par-dessus bord !
- Heureusement que nous ne sommes pas encore sortis du port !



…la superficialité :


- Mais enfin ! Tu étais où ?
- J’ai été enlevé par des extraterrestres et dans leur vaisseau, il y avait Bouddha, Jésus Mahomet et Madame Martin.
- Et qu’est-ce qu’elle raconte, Madame Martin ?



… l’individualisme borné d’œillères :


- Je suis un génie qui était enfermé dans cette lampe. En la frottant, tu m’as libéré. Fais trois vœux et je les exaucerai !
- Tais-toi. Retourne dans ta lampe. Arrête de me casser les pieds.



…ou encore l’amour-propre poussé à son plus haut point et couplé au mépris d’autrui :


« Veule, cupide, cynique, fainéant, profiteur, déloyal, prétentieux, méprisant, colérique, j’aimerais être aimé pour ce que je suis ! »



Quelles seront les punitions infligées à ces pêcheurs de l’ère moderne ? Aucune. Mix & Remix n’est pas là pour nous faire la morale et condamne ses contemporains (et lui-même ?) à la pire sentence qui soit : l’humiliation. Suffisamment cruelle pour nous donner envie de nous exclamer, mais assez indulgente pour qu’elle ne devienne pas acharnement gratuit (et donc sans valeur).


Fidèle citoyen suisse à la neutralité assumée, Mix & Remix ne fait pas des affaires politiques sa priorité. Les dessins que l’on retrouvera dans Regags relèguent encore une fois les affaires gouvernementales dans un arrière-plan très lointain. A la place de ces figures dont le sens aura déjà été maintes fois épuisé par l’utilisation abusive dans la presse, Mix et Remix fait intervenir des beaufs bon marché, des bonnes femmes ragoteuses, des cadres dynamiques, des cactus et des extra-terrestres. Des figures anonymes, derrière lesquelles chacun pourra imaginer qui bon lui semble. Mix & Remix nous permet ainsi de nous livrer au péché d’orgueil en nous plaçant sur le devant de la scène. On se pâmera de plaisir en contemplant ces dessins d’actualité dont nous sommes les héros –jusqu’à ce que, d’un coup de crayon implacable, Mix & Remix vienne nous renverser de notre piédestal ! Il faut croire que nous aimons cela puisque nous en redemandons…


Nos amis les extraterrestres ont beaucoup de choses à nous apprendre sur nous-mêmes :



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Citation:
- Voilà notre éclaireur qui revient…
- La Terre est peuplée d’être intelligents mais moins évolués que nous. Ils sont encore tous sur Facebook !




Les escargots ne sont pas exclus non plus...




L'absurdité quotidienne :


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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:07



Blue est une fausse histoire autour du surf. Pour Pat Grant, c’est surtout l’occasion de revenir sur sa jeunesse et d’évoquer les sentiments que lui a inspirés l’atmosphère de Bolton au cours de son enfance, puis de son adolescence.


Bolton est une ville champignon d’Australie. Elle doit tout à l’artificialité des discours politiques et de la propagation du rêve américain. Aujourd’hui, alors qu’il est adulte, Christian retrace la genèse de l’élaboration de cette ville. A la fierté laborieuse de ses parents a succédé l’ambiguïté d’une période au cours de laquelle les véritables autochtones se sont vus peu à peu envahir par des homoncules tentaculaires à la peau bleue. Malpropres, bruyants, vulgaires, ils sont accusés d’être la cause de la décadence amorcée de Bolton. Cette période, Christian l’a vécue lorsqu’il entrait dans l’adolescence. Entre fascination pour la déchéance et haine viscérale pour ces nouveaux arrivants, le trouble se traduit, chez lui et ses amis, par un accident de train survenu au cours de la nuit. Explosé sur les rails de la voie ferrée, le cadavre d’un homoncule bleu continue à répandre ses membres alentours.



Le surf devient un prétexte pour s’approcher des rails et pour observer le cadavre. Christian, Verne et Muck se montrent aussi bourrins devant cette hécatombe que lorsqu’il s’agit de pousser chacun dans ses retranchements face à l’affront des vagues du Pacifique. En évoquant cette pudeur qui rejette l’aveu de la faiblesse et qui provoque l’évènement de la mort, Pat Grant parvient à transformer les fanfaronnades malhonnêtes de ses personnages pour révéler le trouble, la terreur et les interrogations qu’elles dissimulent.



Blue traite de l’enfance sur le mode fantastique. La narration fait s’alterner des rythmes plus ou moins lents, des réflexions mélancoliques puis des dialogues crus, argotiques et d’une mauvaise foi attendrissante. Parfois, ce sont uniquement des visions qui reviennent à Christian. Des paysages fourmillants de détails s’inscrivent alors sur plusieurs pages et parviennent, dans la continuité de ses évocations, à faire revivre le sentiment de nostalgie qui survient dès lors que l’on pense au passé. On comprend que le souvenir laissé par le passé dépend pas de son caractère bon ou mauvais –s’il est possible de trancher aussi clairement- mais de la quantité d’incompréhensions qu’il aura laissées derrière lui.



Blue se conclut par un court essai de Pat Grant qui confirme ces impressions :


« Dans une certaine mesure, il se peut que toute narration traite de la mémoire, mais la bande dessinée semble reliée avec plus de force aux vocabulaires juvéniles de l’être et de la connaissance que n’importe quelle autre forme d’écriture. Plonger dans l’espace narratif que l’art de la bande dessinée met à notre disposition –en tant que dessinateurs, mais aussi en tant que lecteurs –nous permet de retourner à un état d’adolescence ou de préadolescence en contournant les filtres analytiques et historiques avec lesquels nous, en tant qu’adultes, traitons les données sensorielles. »


Et en effet, Blue contourne tous ces filtres. Il laisse son lecteur décontenancé, sans qu’il ne soit possible pour celui-ci d’en expliquer les raisons précises. Il est difficile de trancher : Blue est-il un triste rêve ou un doux cauchemar ? …


Citation:
- Comment on est censé les appeler ?
- Je sais pas. Juste « les gens bleus ».
- C’est pas un peu raciste. Ou quoi ?
- Peut-être. Mais ils sont bleus. Comment ça peut être raciste si c’est vrai ?
- Ils sont comme les négros ?
- Nan. Les négros sont différents. Les gens bleus sont plus comme les rebeus. Ou les bouffeurs de curry.
- Connerie ! Ce gamin avait rien à voir avec un bouffeur de curry. Il ressemblait plus à un nabot-rigène.





En exergue :


Citation:
Tout le monde arrivait avec le sentiment d’aller de l’avant, d’être unis. Tout le monde puisait son courage dans le spectacle d’une autre camionnette orange se garant devant la porte d’à côté. Une famille exactement comme la nôtre déchargeant des pieds de lampe, des berceaux et des tables en formica comme les nôtres.
Ayant reçu le vide auquel nous aspirions, nous avions devant nous la tâche de mettre du sens dans le néant.
David Beers, Blue Sky Dream



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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 10:59



Les physiciens aussi peuvent être des gens intéressants. Ceci n’a rien d’une révélation. Mais il semblerait malgré tout qu’il faille le répéter régulièrement pour que personne ne l’oublie.


Richard Feynman obtient le Prix Nobel de physique à 47 ans. Ses talents ne se résument cependant pas uniquement à ses capacités de compréhension abstraite exceptionnelles. Qu’on le croie ou non, les physiciens ne vivent pas uniquement pour la physique, même si elle est quantique. A la base de la fascination de Feynman pour cette science dure se trouve une curiosité insatiable pour les phénomènes les plus anodins de l’existence et une disposition pour les relations humaines qui le fait se montrer badin et enjoué. Caractéristiques parfaites pour faire de lui un personnage de bande dessinée attachant.



Pour construire le portrait de cet homme, Ottaviani et Myrick se sont inspirés des nombreux livres qu’il a publiés au cours de sa carrière. On en trouvera la liste à la fin de l’ouvrage, parmi lesquels on peut citer La nature de la physique, Vous voulez rire, Monsieur Feynman !, Le cours de physiquement de Feynman ou encore Physique : les astuces de Feynman -entre autres publications qui tentèrent de rapprocher la physique du commun des mortels. Dans leur album, Ottaviani et Myrick ont emprunté une démarche similaire en construisant une image de proximité de Richard Feynman. Au départ, il ne s’agit que d’une conférence donnée parmi tant d’autres. Derrière un discours souvent blagueur, Feynman revient sur son parcours et nous permet de suivre le développement d’un enfant qui deviendra professeur de physique à 23 ans et qui raflera le prix Nobel de Physique à 47 ans. Que s’est-il passé entre temps ? Et comment Richard Feynman a-t-il mené son existence, parallèlement à ses travaux scientifiques absorbants ? On découvrira la vie d’un homme dont les principaux critères de réussite semblent être son originalité et sa capacité de résilience. Ces qualités lui permettent non seulement de rebondir dans une existence qui aura pourtant été chaotique, mais aussi d’aborder les sciences et ses zones troubles par des abords qui ne sont pas conventionnels –ce qui permet à Richard Feynman de défricher des territoires que d’autres n’avaient même pas pensé à explorer. Suivre cet homme dans sa vie et dans ses travaux scientifiques relève donc de l’aventure et se montre éblouissant à maintes reprises. On peut essayer de faire sienne la formule magique qui lui a permis de surmonter la plupart des difficultés de son existence :


« Attends, ça peut pas être si difficile, ça doit être tout simple. Je vais prendre du recul et traiter ça avec légèreté. »



Toutefois n’est pas Richard Feynman qui veut… Nous tournons les pages, et le déroulement de la conférence progresse. Ottaviani et Myrick se proposent alors de nous faire comprendre les découvertes majeures du physicien dans une démonstration peu convaincante. Quel niveau de connaissances en physique faut-il avoir commencé à atteindre pour comprendre les explications fournies en accélérée par ce Richard Feynman de papier ? Certains principes démontrés, pris isolément, pourront être globalement appréhendés, mais impossible de comprendre ce qui relie les différents phénomènes entre eux. Le défaut vient probablement du fait qu’Ottaviani et Myrick supposent que le lecteur connaît les découvertes effectuées par Richard Feynman. Connaissant le résultat, il serait ainsi plus facile de comprendre les étapes préalables de la démonstration. Cependant, à aucun autre moment de l’album les découvertes de Richard Feynman ne seront explicitement nommées, et le lecteur qui ne connaissait pas le physicien avant de lire cet album aura plus d’une fois l’occasion de se sentir complètement perdu.



Pour ma part, les dernières dizaines de pages de l’album m’ont paru incompréhensibles. C’est à regret que j’ai dû accepter de passer à côté de découvertes visiblement enthousiasmantes (il n’y a qu’à voir l’air enjoué de Richard Feynman livrant ses explications pour s’en persuader) mais qui souffrent soit d’un défaut d’accessibilité, soit de mauvaises explications. Ce n’est donc pas aujourd’hui encore que le physicien redeviendra un homme banal parmi tant d’autres… Tant que ses théories resteront hors de notre portée, il nous semblera toujours inaccessible –et les évènements plus anodins de son existence ne parviendront pas à nous persuader du contraire.





Anecdote drôle sur la "politesse japonaise" :

Citation:
A Kyoto, j’ai pris des leçons [de japonais] une heure par jour.
- Puis-je visiter votre jardin
- Non, je crains qu’on ne dise pas comme ça. Il faut dire : « Puis-je admirer voter superbe jardin ? » Maintenant, que diriez-vous si c’était moi qui voulais visiter le vôtre ?
- Euh… « Voulez-vous visiter mon jardin ? »
- Je suis navrée, mais c’est encore incorrect. Dans ce cas, il faudrait dire : « Souhaitez-vous jeter un œil à mon jardin minable ? »





« Si c’est lui, l’homme le plus intelligent du monde, on est dans de beaux draps ! »


Étrange, cette citation de couverture ? Ce propos aurait été prononcé par la mère de Richard Feynman lorsqu'elle apprit que celui-ci avait été distingué par un magazine américain (selon James Gleick dans le Génial Professeur Feynman (1994)).


Ottaviani et Myrick nous listent les ouvrages écrits par Feynman qui ont nourri leur enthousiasme à son sujet :


Citation:
- La nature de la physique
- Vous voulez rire, Monsieur Feynman !
- Le cours de physique de Feynman
- Physique : les astuces de Feynman
- Vous y comprenez quelque chose, M. Feynman ?
- Qu’en pensez-vous Monsieur Feynman ?
- Lumière et matière, une étrange histoire
- Particules et lois de physique
- Leçons sur la physique




Et d'autres lectures autour de Feynman, de ses découvertes, et de la physique quantique en général :

Citation:

- Les dérangeurs de l’univers de Freeman Dyson
- D’Eros à Gaïa : pour une science à l’échelle humaine de Freeman Dyson
- Le génial professeur Feynman de James Gleick


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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 14:33


A tous ceux qui auraient le malheur de penser que la Madame Bovary de Flaubert n’est qu’une œuvre littéraire désuète, Posy Simmonds impose sa variante légèrement modernisée : Gemma Bovery. Variation libre qui nécessite quelques adaptations permettant au mythe de se renouveler et de correspondre plus parfaitement à notre siècle. Si Gemma Bovery, à la manière de sa consœur littéraire, tient un journal intime dans lequel elle épanche ses peines, ce n’est pas ce manuscrit qui nous permettra de prendre connaissance des malheurs et des réjouissances de son existence mais le récit d’un de ses voisins. Celui-ci est un amateur de bons livres et, forcément, le jour où il entend parler de Gemma et Charlie Bovery, il ne peut s’empêcher de penser aux personnages illustres de Flaubert –Emma et Charles Bovary. Le rapprochement est d’autant plus pertinent que la réalité rejoint rapidement la fiction, alors même que Gemma Bovery semble à peine connaître sa quasi-homonyme littéraire.


Après l’enthousiasme débordant de sa découverte de la Normandie, de ses petits villages tranquilles, de ses boutiques artisanales et de ses vastes plaines, Gemma Bovery découvre bientôt l’ennui le plus dévorant –ennui qui deviendra ensuite dégoût puis haine. Charlie écope des plaintes de son infortunée épouse, et l’harmonie de leur couple ne tarde pas à s’étioler. Le narrateur de cette histoire –leur indiscret voisin- est émerveillé par la précision avec laquelle la réalité rejoint la fiction… Ne manque plus que Gemma se dégote un amant. Evidemment, Posy Simmonds ne pouvait pas nous épargner cette coïncidence. Les temps modernes sont ce qu’ils sont : Gemma rencontre l’éphèbe qui viendra la sauver de sa monotonie au Leclerc de Rouen. Flaubert avait su faire plus romantique en son temps.


La question de savoir si le destin de Gemma Bovery suivra jusqu’au bout celui d’Emma Bovary ne se pose malheureusement pas et fait perdre à l’album de Posy Simmonds une partie de son intérêt. En effet, les premières pages nous amènent immédiatement à connaître la mort de Gemma, ceci afin que le lecteur ait accès à ses journaux intimes. Laissés à l’abandon, ceux-ci seront alors découverts par le narrateur. Si cette révélation d’entrée de jeu fait perdre à l’histoire une partie de son ressort dramatique, elle permet en revanche de croiser les points de vue de Gemma et de son voisin –dans le présent et dans le passé-, et d’accéder à une multitude d’interprétations intéressantes.


Pas aussi superbe et racé que le Madame Bovary de Flaubert, ce Gemma Bovery de Posy Simmonds nous amuse toutefois en nous laissant imaginer ce qu’aurait pu écrire Flaubert s’il avait vécu à notre époque. Les tragédies modernes peuvent être tout aussi puissantes que celles qui peuplent notre littérature : il suffit de constater quels imbroglios financiers et sentimentaux découlent des divorces, remariages et familles composées ; et si les amours semblent plus artificiels parce qu’ils se nouent dans des centres commerciaux et connaissent leur point culminant dans des parkings souterrains, ils conservent encore toute leur intensité émotionnelle. Voilà de quoi contenter la curiosité des lecteurs indiscrets qui avaient déjà aimé Madame Bovary

Citation:

C’est bizarre –les Français ont des pharmacies comme les Anglais ont des confiseries- il y en a partout, même dans un trou perdu comme Bailleville. Et partout on se fait bombarder de pub pour le corps –en ville, ça paraît normal, mais pas ici ! Ça me fout en l’air –je suis pas venue en Normandie pour penser aux crèmes pour les fesses.


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