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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 20:36







S'il n'avait été qu'un drame, Dancer in the dark ne se serait pas différencié de tous les tristes mélos que connaît le cinéma et s'il n'avait été qu'une comédie musicale, il aurait difficilement réussi à emprunter les caractéristiques de la gravité. Mais ce n'est pas le cas et Dancer in the dark mêle à la fois l'intensité tragique d'une histoire que personne n'aimerait vivre, à la légèreté insouciante d'un univers musical incarné par la très expressive actrice/chanteuse Björk.



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Comme le Parfum de Patrick Süskind nous permettait d'entrer dans l'âme d'un homme qui voit le monde grâce à son odorat, Lars von Trier parvient à traduire une existence en sons en s'aidant du biais cinématographique -pari plutôt audacieux. Il permet par la même occasion d'appréhender la musique de Björk sous un angle à la fois auditif et visuel, et nous conforte dans l'idée que l'imaginaire et la réalité sont à la base d'une synergie capable de nous faire supporter les plus atroces des situations. Dancer in the dark est un film cruel qui ne se complaît pas dans son atrocité. Il relâche parfois toute la tension que Lars von Trier parvient à accumuler en quelques minutes -la vie paraît alors à la fois absurde, cruelle et fantasque au point de réclamer une vénération de chaque instant.

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 09:19



Si 2 days in New-York constitue une suite, il peut aussi parfaitement se regarder indépendamment. Marion vit à New-York avec son nouveau boyfriend Mingus et deux enfants issus de relations antérieures. Ils mènent une vie de bobos, entre un vernissage de photos et des émissions quotidiennes à la radio. Le vernissage constitue d'ailleurs une bonne mise en abyme du film : alors que Marion expose les photos intimes, drôles et banales des nuits qu'elle a passées avec différents individus au cours de plusieurs années, Julie Delpy nous présente la vie d'une famille sur le même ton à la fois impudique, pathétique et attendrissant. 


Ce tableau prend toutefois son entière puissance lorsque la famille de Marion, en provenance de Paris, débarque dans son appartement à New-York. Le père n'est rien de moins qu'un gentil psychopathe à la sexualité débridée, la soeur est une nymphomane tandis que son petit ami, qui est aussi l'ancien compagnon de Marion, représente le lourdaud de base qui associe "cunnilingus" à Mingus et se repaît sans cesse de cette blague. 2 days in New-York joue un peu sur les clichés séparant les états d'esprits français et américain mais s'appuie surtout sur l'alchimie des caractères pour élaborer un tableau de moeurs foisonnant. Les combinaisons sont multiples : que vont produire un Mingus et le beau-père coincés l'un en face de l'autre dans la cuisine ? Quelle influence aura la soeur de Marion face à son voisin, neurologue et père de famille ? Et lorsque Mingus reste seul, face à une effigie cartonnée d'Obama, que lui raconte-t-il ?



Julie Delpy trouve toujours moyen de nous surprendre en réutilisant les clichés classiques du mythe rabelaisien ou en redonnant vie à des blagues sexuelles que l'on croyait éculées. L'ensemble du film se déroule sans aucune notion de jugement de valeur, jusqu'au moment fatidique de la conclusion. Comment tourner court à ce qui est devenu ébullition humaine ? Julie Delpy choisit malheureusement de briser tout l'élan qu'elle avait accumulé en nous proposant une moralité douteuse et simplette, à des lieues de l'état d'esprit qu'elle avait jusqu'alors tenté d'insuffler à son film.

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 20:39




En survolant le monde, Yann Arthus-Bertrand a vu défiler sous ses yeux de larges étendues d'eau. Avec ce documentaire, il se consacre exclusivement à ce qu'il considère non plus comme un paysage mais comme une denrée rare. Après un calcul étrange dont nous ne comprendrons jamais les prémisses, il nous affirme que la quantité totale d'eau potable utilisable par l'humanité représente seulement le volume du lac Baïkal. Mais qu'est-ce que cela veut-dire ? Est-ce un chiffre fixe pour une année ? Y inclut-on également la consommation industrielle ? Yann Arthus-Bertrand ne juge pas utile de nous donner plus de précision. Il se contente de frapper les esprits en assénant cette statistique qui fait se profiler l'image alarmante d'une humanité assemblée autour du lac Baïkal pour y laper ses dernières réserves.


La soif du monde est à l'image de ce genre de ce cliché foudroyant. Il importe moins d'informer que d'alerter et pour cela, tous les moyens sont bons. Yann Arthus-Bertrand cherche à faire pleurer dans les chaumières et ne trouve rien de mieux qu'une plaidoirie larmoyante constituée des pires clichés du genre pour attendrir l'homme à l’œil sec qu'il imagine se trouver en face de lui. On sera étonné de voir que les conflits qui intéressent le photographe sont réduits à une dimension quasi-familiale. La moitié du film se focalise sur le cas de l'Afrique. Que les africains n'aient pas accès à l'eau potable par manque de forages ou qu'ils polluent leur eau par manque de commodités, une seule solution semble s'imposer : la venue de l'homme blanc civilisé. Un coup de forage, et l'eau jaillit du sol pour abreuver un village ; un décret de l'ONU et la visite d'éducateurs occidentaux, et tout le monde se précipite à l'intérieur de toilettes individuels plutôt que d'utiliser les fougueux mais malpropres toilettes volants. Après un petit détour en Asie, Yann Arthus-Bertrand ose mentionner, du bout des lèvres, la possible responsabilité de l'industrie dans la pollution globale de l'eau -mais c'est aussitôt pour ramener son insalubrité à l'ignorance des peuples sous-développés. Regardez-moi ces dégoûtants d'asiatiques qui boivent de l'eau à même la rivière... Heureusement que les occidentaux viennent leur apprendre les bonnes manières.


La soif du monde est un film aux intentions louables mais ces dernières servent surtout à dissimuler une culpabilité qui n'ose pas se révéler. Le rôle de l'industrie dans la pollution des ressources en eau mondiales est évoqué à quelques reprises dont la durée dépasse à peine celle des images subliminales. Il est presque indécent de dire que ce film est un documentaire. Il s'agit tout au plus du rêve d'un occidental qui aimerait se débarrasser de sa mauvaise conscience.

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 09:50





La marche globale de 9 mois ferme met un peu mal à l’aise. On imagine mal qu’Albert Dupontel soit moralisateur et pourtant, dès le début du film, il semble séparer deux conceptions de la vie pour distinguer celle qui fleure bon la réussite (et qui rend donc heureux), de celle qui ne répand que du gâchis derrière soi. Ainsi en est-il d’Ariane Feler, vieille fille entièrement dévouée à son travail, associable, méfiante voire carrément misanthrope. Parce qu’elle estime que les hommes ne valent rien, elle laisse filer sa vie et en oublie même de fonder une famille. On a beau en rire, il n’empêche, c’est balancé.



On reconnaît toutefois qu’Albert Dupontel semble surtout justifier cette intrigue par l’unique obligation de donner un fil conducteur aux péripéties saugrenues qu’il souhaite faire connaître à ses personnages. Les hommes qu’il fait rencontrer à Ariane sont effectivement « débiles et tarés » et justifient son célibat. Dans le fond, Albert Dupontel ne cherche certainement pas à juger la vie de son héroïne : cette existence qu’il nous présente de manière sordide constitue la seule justification qu’il a trouvée pour que ses personnages se passionnent autour d’une histoire judiciaire qui permettra surtout de faire ressortir l’absurde et l’impartialité de la justice. Quand il dégaine, Albert Dupontel devient réjouissant. Pas un personnage n’est épargné par la dérision. Si le fond est parfois convenu, le réalisateur parvient à renouveler la forme de ses invectives –pensons par exemple à sa formidable parodie des journaux télévisés.


La conclusion très convenue des 9 mois ferme constitue une faiblesse inhérente à celle de l’intrigue élaborée. Albert Dupontel essaie de glisser deux ou trois dernières blagues un peu plus mollassonnes que les précédentes pour s’en excuser. On veut bien, puisque tout le reste a été drôlement sanguinaire et méchant.

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 09:26





Malgré la complexité qu’Emile Zola aime injecter dans ses romans, La Curée est un livre qui peut se résumer très simplement. Roger Vadim l’a bien compris, qui s’inspire de l’histoire trouble d’un triangle amoureux incestueux, avide de pouvoir et de fortune, pour la transposer dans l’époque bénie des années 60. Libération sexuelle et étiolement des liens familiaux invitent le réalisateur à se concentrer plus particulièrement sur l’histoire qui relie Alexandre Saccard, son fils Maxime et l’épouse du foyer, qui deviendra aussi l’amante de Maxime. En supprimant les intrigues parallèles qui faisaient toute la densité du roman de Zola, Roger Vadim ne perd cependant rien de la pertinence du propos et réussit à s’approprier le récit de l’écrivain d’une manière toute naturelle. La Curée a été digérée et prend une nouvelle forme dans le quotidien désenchanté de cette famille « moderne ». Chaque nouveau siècle devrait revisiter sa Curée.


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 09:31





Le 17 avril 2013, une équipe de chercheurs hollandais présente la concrétisation de laborieuses et coûteuses recherches. Devant les caméras, ils nous sortent un petit steak qui ne doit pas peser plus de 50 grammes, le font griller, le glissent dans un pain à hamburger, entre deux tranches de tomates et une feuille de salade, et croquent le tout. Précisons que ledit steak ne provient pas d’un animal mais de cellules élevées en laboratoire. Winston Churchill, qui rêvait d’un moyen de « fabriquer des ailes et des cuisses sans élever un poulet », est exaucé.




Le documentaire ne se contente pas de nous présenter cette découverte. Dans un contexte de hausse démographique et d’amélioration des conditions de vie, il nous présente les difficultés croissantes que rencontrent les producteurs de viande pour satisfaire la demande. Les chinois, qui ne consommaient pas plus d’un morceau de viande par semaine quelques décennies en arrière, sont aujourd’hui les plus gros consommateurs de viande : 25% de la production totale de viande est mangée par 20% de la population mondiale. Le documentaire nous fournit les chiffres que l’on connaît déjà, mais que l’on peut encore rappeler :


« 10 % des décès prématurés chez les hommes et 8 % chez le femmes auraient pu être évités en réduisant la consommation de viande à moins de 50 g par jour. Pour produire un kilo de viande de cochon, il faut 9,5 kilos de nourriture, pour les vaches, 25 kilos. Par comparaison, pour 1 kilo d'insectes, aliment consommé aujourd'hui par des millions d'êtres humains sur la planète, il faut 2,1 kilos de nourriture. Les insectes émettent par ailleurs 100 fois moins de méthane, gaz à effet de serre contributeur au réchauffement climatique.... »


On ne peut toutefois s’empêcher de se demander si la viande in vitro représente une solution viable et sans danger. Les mots d’antibiotiques nous front grincer des dents. Le coût et le gigantisme de la méthode nous effraient. L’équipe des chercheurs essaie de nous rassurer en nous rappelant les débuts difficiles des premiers ordinateurs. En comprenant, peut-être arriverons-nous à mieux accéder cette parade de l’homme cherchant à se substituer à la nature ? La méthode est résumée ainsi :


« Le premier hamburger de synthèse aura nécessité six ans de recherche, quelques cellules de vache, des centaines de litres de milieu de culture, une bonne dose d'antibiotiques, des milliers de pipettes... et beaucoup d'argent. Tout commence à l'abattoir, où l'on prélève un morceau de viande sur une carcasse de cheval, dont on extrait les cellules souches de muscle. On les sème ensuite dans des boîtes remplies de milieu de culture qui leur fournit les minéraux, les acides aminés et le sucre nécessaire à leur croissance. Et des antibiotiques, ingrédients indispensables à leur croissance. Contre la surconsommation desquels on met, au demeurant, les malades en garde. Puis, les cellules deviennent de vraies cellules de muscles. Mark Post utilise des bâtonnets d'un gélifiant, l'agarose, comme des tuteurs autour desquels les cellules viennent pousser. Elles sont alors prêtes pour fusionner entre elles et former de grosses fibres de muscle, qui finissent par se contracter. Le "semeur de viande" obtient alors de petits donuts, qu'il transforme en bribes de muscle, récoltés et stockés au congélateur. »


On passe d’expert en expert pour saisir davantage d’informations. Est-ce que cela vaut la peine d’investir autant d’argent dans la production de nourriture artificielle alors que des succédanés à la viande existent déjà ? Pour ne citer que quelques exemples, on peut évoquer le « Quorn », produit à base de protéines de champignons, qui se vend très bien en Angleterre ou en Suisse, et les « steaks » ou « saucisses » de soja deviennent de plus en plus courants dans les pays occidentaux. En Afrique, le manque de viande se pallie très simplement à l’entomophagie. Dans les pays occidentaux, on commence aussi à prendre le pli et certaines grandes écoles hôtelières des Etats-Unis apprennent à leurs élèves comment concevoir des plats à base de sauterelles ou de vers de farine qui ne soient pas trop déstabilisants pour les consommateurs.






Finalement, la controverse autour de la viande in vitro tourne rapidement court. Il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité et de l’innocuité de ce procédé. Reste que son achèvement fait réfléchir… avec ou sans viande –quoique plutôt sans- comment mangera-t-on demain ?

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 09:33


Plus qu’une adaptation, la Bête humaine de Jean Renoir est une réinterprétation de l’œuvre originale d’Emile Zola. Pour faire tenir le livre à l’écran, il aura non seulement fallu abréger certains de ses épisodes les plus importants mais aussi choisir lesquels ne méritaient pas de figurer, les remplaçant parfois par des condensés de plusieurs scènes qui font se côtoyer le sentiment de l’hérésie à l’approbation admirative.




Pour avoir lu le livre et regardé le film en parallèle, il est indéniable que la déception à ne pas voir figurer certains passages qui semblaient décisifs dans le texte se fait ressentir à chaque ellipse. C’est toutefois pour mieux nous surprendre… et Jean Renoir se transforme en Emile Zola du 20e siècle. Pressé, ne souhaitant conserver que la moelle de la Bête humaine, il condense plusieurs épisodes en un nouveau prototype. Celui-ci s’insère, comme si de rien n’était, entre deux répliques de dialogues littéralement extraits du texte.


En procédant de cette façon, Jean Renoir parvient à créer un quasi-film d’auteur qui garde le tragique de l’histoire originale. On ne peut toutefois pas condenser plusieurs centaines de pages en un film d’une heure et demie et la complexité des intrigues disparaît au profit d’une trame plus classique, plus prévisible et donc moins intrigante. Ne parlons même pas des réflexions menées par Emile Zola sur le progrès et l’ambivalence des sentiments : elles apparaissent ici seulement en filigrane, pour ceux qui connaissent par ailleurs la vraie Bête humaine, celle qui ne laisse aucun répit à ses acteurs et à ses victimes. En comparaison, celle de Jean Renoir n’est qu’un pauvre chien efflanqué qui ne fera pas de mal à une mouche.

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 08:55



Dans le vide intersidéral, aucun son ne peut meubler l’espace. On veut bien le croire. Les bruits qui s’égrènent au cours des premières minutes de Gravity sont perçus à l’intérieur des combinaisons des astronautes. Des voix organiques s’incarnent dans les souffles et les respirations tandis que les voix et les musiques transmises par le biais de la communication radio rassurent les échappés terrestres d’un abandon qui n’est pas complet. La Terre apparaît comme le panorama fabuleux d’un voyage qui n’est pas permis à tout le monde. A la manière de Ryan, cette expérience peut engendrer une angoisse qui prend la forme d’un sérieux à toute épreuve ; à la manière de Matt, elle peut donner des envies de chahuter dans l’espace et de faire des tourbillons spatio-comiques. Trop beau pour durer plus longtemps.



Le silence spatial ne devient bientôt plus qu’une légende. Une balle perdue transperce la navette. Aussitôt, les grands fracas sonores assaillent nos oreilles. Ce n’est qu’un début que les péripéties suivantes ne viendront pas démentir. L’action n’est pas seulement soulignée par un accompagnement sonore discret : elle disparaît presque derrière les envolées tantôt lyriques, tantôt épiques, de chœurs assourdissants qui ne laissent aucune place à l’envol cosmique. Le voyage intersidéral redevient une bête épopée qui se passe dans le ciel plutôt que de se passer sur terre. Les menaces changent de forme et plutôt que d’être menacés par des congénères aux intentions malfaisantes, par des armes ou par des bêtes sauvages, l’espace réserve de mauvaises surprises qui prennent la forme de défaillances motrices, de manque d’oxygène ou d’incendies –mais l’enchaînement de ces évènements et la manière de les surmonter reste globalement la même. Alfonso Cuarron nous ramène sans cesse au plancher des vaches en nous balançant une myriade d’explications en guise d’illuminations pour attardés. La symbolique est grossière et plagie sans vergogne les scènes fondatrices du 2001 de Kubrick ; quant à l’aspect émotionnel, il ne nécessitait pas d’être souligné et surligné par des cris de désespoir dans la dernière partie du film.



Alfonso Cuarron déçoit surtout parce qu’il fait preuve d’une ambition qui reste en-deçà de ses possibilités. La réalisation est fantastique et déploie des prodiges qui font illusion d’un bout à l’autre du film. La perte des repères physiques transmet les sentiments de terreur et de griserie de personnages qui vivent peut-être là leur dernière expérience de vie. En amorce, Alfonso Cuarron nous laisse croire à la possibilité d’un parallèle avec une perte des repères mentaux, qui se justifie par une absence de liens relationnels avec les habitants terrestres. Cette position que représente Ryan, ancienne mère esseulée et sans attaches humaines, semble d’abord devoir être surmontée dans un cheminement spirituel conduit par Matt, mais le développement du film éludera la question en se concentrant presque uniquement sur les sensations physiques des personnages.


Je suis allée voir Gravity sans connaître autre chose que sa prétendue ressemblance avec 2001. Lorsque Ryan dérive et s’envole dans l’obscurité cosmique, j’imaginais revivre un voyage pareil à celui de Bowman. Malheureusement, Ryan est rattrapée par Matt et ramenée à la dure réalité de péripéties incroyablement pragmatiques. Le fond du message de Gravity n’est pas médiocre et fleure parfois de bons accents nietzschéens, mais la démonstration est décevante. Alfonso Cuarron s’avilit pour nous plaire, mais nous plaît finalement moins que s’il avait « lâché prise » en se résolvant à ne pas produire un banal film d’aventures.

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 09:23



C’est peut-être ce qu’on répète le plus souvent à propos de ce film –et c’est peut-être aussi ce qui est le plus révélateur : le refus d’Alan Moore d’apposer son nom à l’adaptation cinématographique de son œuvre. Ne serait-ce que pour comprendre cette hostilité, il faut se précipiter sur le Vendetta de James McTeigue, et l’oublier aussitôt.



James Mcteigue semble n’avoir conservé que le concept essentiel du comic original qui est celui de la vengeance. Elle perd ici toute sa complexité et ses ambivalences sont effacées au profit d’une synthèse manichéenne qui semble se moquer du spectateur. James McTeigue ne rend pas hommage à Alan Moore puisqu’il transforme son Vendetta pour faire disparaître tous les éléments qui auraient pu amener la controverse. Son unique ambition semble être celle de choquer le moins possible. Raté : il suffit d’avoir aimé la bande dessinée originale pour être horriblement affligé par cette redite amputée de charisme, de passion et de douleur. James McTeigue imaginait peut-être avoir fait preuve de charité en adoucissant la valeur des enjeux poursuivis par le Vendetta d’Alan Moore ? En réalité, il exalte la violence gratuite en lui faisant perdre toute sa signification et tout son pouvoir cathartique. Il ne reste plus qu’un objet mort-vivant qui palabre en parodiant un Shakespeare mortifié.

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:15





Monday aurait presque pu être drôle. S’il avait conservé l’énergie et la légèreté amusante de sa première demi-heure, le tourment de Koichi aurait pu devenir le nôtre et nous faire traverser les deux heures de ce film dans une gentille ébriété. Hiroyuki Tanaka nous montre qu’il a du potentiel mais il ne tient pas la longueur et il finit par se réfugier lâchement derrière des scènes convenues, parodies de films eux-mêmes parodiques, délires personnels opaques qu’on essaie de comprendre avant de baisser les bras.


Le scénario rappelle d’autres films : un matin, Koichi se réveille dans une chambre d’hôtel inconnue. Le garçon paraît sobre, sérieux, et son amnésie est surprenante. Que s’est-il passé depuis le début du week-end ? Des objets éparpillés autour de lui éveilleront peu à peu les souvenirs épars des deux derniers jours. Une incinération, des beuveries, des yakusas, une geisha… Quand les hommes de bonnes mœurs pètent les plombs, ils le font toujours très conventionnellement.


Les scènes se succèdent dans une frénésie qui donne l’impression de regarder une souris courir à l’intérieur de sa roue. Les dialogues, eux, sont pratiquement inexistants. Pour compenser ce silence, la caméra s’attarde sur les expressions des personnages poussées jusqu’au pantomime. On devine l’enchaînement des actions avant même qu’elles ne se produisent, et lorsqu’elles se produisent, elles ne suscitent qu’un vague soupir –à peine la satisfaction d’avoir deviné juste. Un potentiel gâché et un film qui rend à son tour amnésique.

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