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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 17:31





Dans la lignée de Walter Benjamin, qui se fit l’interlocuteur des enfants par le biais radiophonique entre les années 1929 et 1932, Gilberte Tsaï reprend le flambeau des conférences destinées aux plus jeunes d’entre nous. Lumières pour enfants –voici le nom, en apparence prétentieux, derrière lequel elle désigne ces entretiens. Force est toutefois de constater que Gilberte Tsaï ne prend pas les enfants pour des idiots, et que contrairement à ce que pourrait laisser penser le nom de ces conférences, elle ne vise pas, en tant qu’adulte, à assener un savoir péremptoire et univoque. Les Lumières proviennent à la fois des adultes et des enfants, produisant le meilleur de leur éclat dans leur mise en commun.


Le livre se sépare en deux parties distinctes. La première permet à l’intervenant –ici Barbara Cassin- d’exposer son thème en une courte conférence. La deuxième s’ouvre sur un dialogue qui donne la possibilité aux enfants d’intervenir en questionnant l’intervenant. L’intégralité des questions posées a-t-elle été retranscrite dans ce livre ? Sans doute les plus pertinentes d’entre elles ont seulement été retenues, mais celles-ci révèlent bien l’esprit qui anime ces entretiens. Ouverture d’esprit, interrogation, étonnement : la réflexion cherche à éliminer toute impression d’austérité pour prendre la forme plus plaisante de l’échange social stimulateur de curiosité.


Ces quelques mots auraient suffi à me faire grincer des dents si je les avais lus avant d’ouvrir Plus d’une langue. Encore un ouvrage démago qui propose de la réflexion à petit prix ? Encore un ouvrage dévastateur qui, en prétendant porter la bonne parole des sciences et de la philosophie, finit de détruire le peu d’intérêt et de crédit qu’on veut bien attribuer à ces domaines ? Non. Sur le thème de la pluralité des langues, Barbara Cassin ne propose pas de théorie ni de système savants à l’emporte-pièce. Elle ne cherche pas à réduire son sujet : au contraire, elle pose des questions et les accompagne d’exemples qui permettront à chaque auditeur d’élaborer sa propre réflexion. Dans quelle langue rêvons-nous ? Que veut dire « apprendre une langue » ? En quoi distingue-t-on une langue maternelle d’une langue apprise plus tardivement ? Qu’est-ce qu’une langue nous apprend sur la civilisation et la culture de ceux qui l’utilisent ? On découvrira ainsi que cet acte de communication le plus basique qui consiste à saluer son prochain ne signifie pas la même chose selon si l’on est grec –« jouis ! », latin –« sois en bonne santé ! », arabe –« que la paix soit avec toi ! », ou français – « passe une bonne journée ! ». En usant d’autres exemples, Barbara Cassin nous montre que la langue fourmille d’indications étymologiques, historiques et politiques qui constituent autant de galeries secrètes qu’il ne reste qu’à nous d’explorer. Sa conférence nous en apprend suffisamment assez pour exacerber notre curiosité, mais pas assez pour nous repaitre –ce qui est mieux que de croire avoir tout compris, et ce qui peut donner envie d’en apprendre davantage par soi-même.


Proposée aux enfants mais destinée à tous, la conférence Plus d’une langue ne pâtit pas d’un langage volontairement réduit ou simplifié dans le mythe de la rendre plus accessible aux enfants. Les questions de ces derniers le montrent : ils constituent un public aussi compétent que les adultes à évaluer l’enjeu des questionnements qu’on leur adresse. Ne craignons pas de nous glisser parmi eux : l’émerveillement pour la richesse des langages peut survenir à tout âge.


Les Anglais connaîtraient-ils plus de "libertés" que les Français ?


Citation:
Ainsi, en anglais, le mot français « liberté » peut se traduire de deux manières : liberty, ou freedom. Ces deux mots recouvrent deux conceptions de la liberté qui ne se ressemblent pas du tout. La liberty, comme la « liberté », vient du mot latin liberi, les « enfants » : la liberty appartient aux enfants qui naissent chez les gens libres, les non-esclaves ; autrement dit […], il y va d’une liberté qui se transmet des parents vers les enfants, une liberté verticale. Freedom, quant à lui, est de la même famille que friend, qui veut dire « ami » ; cette liberté-là est une liberté horizontale, la liberté d’une classe d’âge, de compagnons qui vont étudier ou faire la guerre ensemble. La liberté-freedom existe de manière immédiatement politique, alors que la liberté-liberty se transmet « naturellement » par la famille.




Google et la traduction...

Citation:


Aujourd’hui, lorsqu’on écrit une phrase dans Google et qu’on demande à Google-translate de la traduire, on obtient souvent des résultats très étranges. Par exemple, cette phrase de la Bible : « Et Dieu créa l’homme à son image ». J’ai demandé à Google de la traduire en allemand, puis je lui ai demandé de retraduire la phrase allemande en français, et à la fin de l’opération, quand le résultat est stabilisé, cela donne : « Et l’homme créa Dieu à son image » !


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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

Pierrot, vagabond philosophe, Québec, Canada 15/10/2013 21:04

Pierrot est l'auteur de l'Île de l'éternité de l'instant présent et des Chansons de Pierrot. Il fut cofondateur de la boîte à chanson Aux deux Pierrots. Il fut aussi l'un des tous premiers
chansonniers du Saint-Vincent, dans le Vieux-Montréal. Pierre Rochette, poète, chansonnier et compositeur, est présentement sur la route VERS LA CORSE, quelque part avec sa guitare... entre ici et
ailleurs...

zazy 19/03/2013 15:17

Me plait bien ce petit bouquin. Je vais envisager de l'acheter.
Ta traduction googolesque m'amuse beaucoup. Il est vrai que la place des mots dans une phrase est très importante et que la traduction littérale amène des choses marrantes ou.... pas